Techno-Folie

Transhumanisme, le business de l’immortalité

google2Le 18 septembre dernier, Google annonçait la création de Calico, une entreprise chargée de mener des recherche en biotechnologie autour du bien être. Sans l’annoncer clairement, c’est à l’allongement de la vie que s’attaque ce laboratoire. Dirigé par un ancien vice-président d’Apple, Calico illustre l’intérêt qu’ont les grandes entreprises du numérique pour le transhumanisme ainsi que le changement de statut de celui ci. Nous allons voir comment cette pensée à la limite entre science et religion devient peu à peu le business de demain.


Calico est le fruit d’une longue collaboration de Larry Page et Sergueï Brin (les fondateurs de Google) avec Ray Kurzweil. Ce dernier est le chef de file du transhumanisme et l’un de ses principaux théorisateurs.

A ses yeux « En 2045, l’intelligence non-biologique créée sera un milliard de fois plus puissante que toute l’intelligence humaine d’aujourd’hui. »

Ce point de rupture dans l’histoire de l’humanité c’est la Singularité.

Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, chercheur au CNRS et spécialiste des sciences cognitives cela signifie concrètement que « l’on produira des créatures inouïes sur lesquelles on aura perdu le contrôle ».

Selon Kurzweil cette Singularité est une chance pour l’humanité. Génétique, nanotechnologie et robotique remplaceront la médecine, permettant alors de combattre le diabète ou le cancer en créant artificiellement de nouvelles cellules à partir de l’ADN de la personne atteinte. Cette re-génération forcée des cellules permet surtout de vivre plus longtemps. Si Ray Kurzweil est avant tout un scientifique, celui ci a compris le potentiel idéologique du transhumanisme.

Plus qu’une science de l’allongement de la vie c’est une croyance en l’immortalité que portent ses théories. Kurzweil admet que la Singularité peut être interprétée comme « une nouvelle religion qui vient remplacer les anciennes religions qui ont failli ». La technologie pour sauver l’humanité, des robots pour nous permettre de devenir des dieux ? En nous délivrant du vieillissement, de la maladie, le transhumanisme prends un caractère mystique et fascinant.

Une du Time magazine, 30 septembre 2013

C’est ce dernier point qu’ont bien assimilés les entreprises technologiques américaines, et non sans arrières pensées. En 2009 Kurzweil fonde la Singularity University, sur le campus de la NASA. Conçu sous forme de stage d’une semaine coûtant une dizaine de millier de dollars, les cours dispensés traitent de philosophie et de sciences, leur but étant de préparer les esprits à la transformation profonde que sera la singularité. Après quatre années d’existence la Singularity University commence à s’exporter ; elle donnait son premier sommet européen à Budapest mi-novembre. Face aux journalistes et aux septiques, le maitre de cérémonie  — Brad Templeton, un ancien ingénieur de Google — soutenait l’idée qu’augmenter l’humain est une chance. On observera que Google est omniprésent. Et en s’intéressant de manière plus approfondie à cette université pas comme les autres, on découvre que l’entreprise américaine en est le premier donateur. Ce n’est pas un hasard.

Campagne de la Singularity University (2012)

La Singularité pose des questions profondes sur le plan scientifique et moral, il n’en va pas de même sur le plan économique où la situation parait claire. À chaque révolution industrielle des entreprises ont su tirer parti des avancées techniques, mécaniques puis technologiques. Cela apparait aujourd’hui comme un fondement de notre système capitaliste libéral : l’innovation va de paire avec l’entreprise, l’industrie. On notera alors que comme l’approche intellectuel de la technologie dans les années 70 a créé le monde numérique et ses supports que nous utilisons aujourd’hui, la singularité et le transhumanisme, business de demain, se pense et se théorise aujourd’hui. Il est donc naturel que des sociétés s’intéressent à ces questions.

Jean-Michel Besnier dans son ouvrage Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ? (édition Hachette, 2009) s’interroge sur la posture de ces entreprises.

« Soit il y a beaucoup de cynisme de la part des technologues qui veulent nous vendre du rêve et du vent. On peut se dire que les industriels et les économistes savent ce qu’ils veulent — du profit — et qu’ils se servent de l’idéologie comme d’un argument de vente. Soit c’est un peu plus subtil et au fond, tous ces technologues sont convaincus que nous aurons de plus en plus à faire avec de l’information. »

En effet, le coeur du business transhumaniste tourne autour de la question sensible de l’information.

Ce n’est pas un hasard si ce sont des entreprises du numériques qui se sont approprié la question. On pourrait imaginer que l’industrie pharmaceutique ou celle de l’équipement médical s’intéresse à la question, mais il n’en est rien, et cela est du à un facteur précis : l’information, point de passage essentiel entre l’utilisateur et la technologie.

(photo by Ed Horsford)

Avec internet l’information est devenue une matière première très importante.

Arme diplomatique ou monnaie virtuelle, l’information est au coeur de toutes les recherches des plus importantes entreprises du numérique.

Une question simple suffit à en être persuadé : comment des entreprises de service à l’image de Facebook, Google, Yahoo où 99% de leurs utilisateurs ne payent rien, peuvent exister et prospérer ? Aujourd’hui l’internaute est une source de revenu, on le cible, on le profile. Et plus les services semblent aller dans le sens de l’utilisateur, plus celui-ci génère de l’information.

Pour Google comme Facebook le prochain combat, entamé depuis quelques mois, est la suggestion : offrir à l’utilisateur l’information avant que celui-ci ne la recherche.

Une belle idée en apparence, qui résulte d’un fichage précis de celui-ci. Les données peuvent être diverses et évoluent. Adresse mail, marques préférés, âge, sexe, habitudes de navigation, déplacements, moyens de transport, etc… Et ce sont essentiellement quelques grandes compagnies qui récoltent tout, malgré une prise de conscience importante ces dernières années.

En effet, cette collecte de données qui s’apparente à un fichage généralisé inquiète quelques penseurs, mais si les plus grandes multinationales du numérique semblent en profiter sans inquiéter le grand public c’est que le fichage est plus complexe qu’il n’y parait. Il ne se fait plus de manière verticale (une autorité qui surveille des individus) mais bien de manière horizontale (les individus se contrôlent entre eux). Il est courant de se renseigner sur des gens, des connaissances, en tapant leur nom sur Google ou Facebook : chacun peut accéder aux informations de l’autre, comme dans un carnet d’adresse global.

Chaque individu y figure, et faire partie de la société réelle implique aujourd’hui de faire partie de la société virtuelle. Du point de vue de l’utilisateur, ces données peuvent être perçues comme un certain confort, le contrôle rassure l’homme. Et c’est sur ce dernier point que les futurs entreprises du transhumanisme s’appuieront certainement.

Blade Runner, Ridley Scott (1982)

Une dernière donnée s’ajoute à celles collectés aujourd’hui, une donnée dont toutes les entreprises du numérique rêvent : l’ADN.

Si des entreprises proposent aujourd’hui des test sur internet pour moins de 100 dollar (séquançant alors qu’une petite partie du génome), l’accès globalisé à l’ADN n’est pas pour tout de suite (il est encore interdit en france si ce n’est pour des raisons médicales ou judiciaires). On imagine cependant que d’ici 10 ans son accès sera autorisé et le coût de celui-ci aura drastiquement diminué.

Mais une fois le génome décrypté, que faire de cette information ?

Pour Jean-Louis Mandel, professeur de génétique humaine au Collège de France, la question est ouverte sur le plan moral de la bio-éthique.

Aux yeux des entreprises du numérique, l’ADN représente la donnée ultime, celle qui permet de cibler une personne sur toute sa vie (en ayant la certitude d’être en face d’une personne).

Et on peut imaginer que l’on déléguera la surveillance de notre santé à une entreprise jeune et dynamique comme nous déléguons nos vies sociales à Facebook et aux autres réseaux sociaux. A nouveau fondé sur un principe de confiance, on offrira son ADN en échange de quelques services comme le décryptage de celui ci. On pourrait développer une hypothèse de compagnie qui proposerait des services basiques gratuit (une analyse d’ADN, un accès à un réseau d’entreprises médicales, etc) et un des services payant (soins, allongement de la vie, etc).

Si cette fiction semble lointaine il faut se souvenir qu’il y a 10 ans le premier décryptage d’ADN à coûté plus de 3 milliard de dollars et à demandé 13 années de recherche.

Aujourd’hui les test les plus sérieux prennent quelques jours et coûtent moins de 6 000 dollars. Quand aux services proposés, on peut faire confiance aux startups de la silicon valley pour nous en proposer un certain nombre, plus ou moins intéressant. Les réticences sont nombreuses et les questions bio-éthiques ne sont pas traités de la même manière partout dans le monde. Par exemple la « Carte d’Identité Génétique » (le nom législatif de l’ADN) est protégée : en France il est interdit pour une entreprise d’exiger ces données qui appartiennent à son propriétaire. Ce secret du génome n’existe pas aux Etats Unis ou le dernier business sur internet est de retrouver ses ancêtres grâce au décryptage de son propre ADN.

(photo by Josh*m)

Avant de conclure il est intéressant de noter que la très grande majorité des données et méta-données sont fournis directement par les utilisateurs. Internet est rempli de photographie d’instant de vie quotidienne, d’avis de consommateurs sur des produits ou des services et « panier » sur les site de shopping référençant nos envies et nos futurs achats.

Toutes ces traces, ces informations sont laissés par les utilisateurs, elles ne sont pas extorqués de force. Si l’on porte ce regard sur le génome, il semble impossible que l’ADN demeure une donnée personnelle et secrète au vu de son importance et de sa richesse dans les prochaines années.


Les questions éthiques et morales sont multiples. Les data (l’information), et bientôt l’ADN apparaissent comme le cheval de bataille des entreprises de la Silicon Valley et sont au centre de la question du transhumanisme. Sous couvert d’intentions humanistes, on découvre le business de l’information. Ray Kurzweil prône un homme nouveau, hors des contraintes physiologiques, Google lui, prône un homme connecté, un homme contrôlé.

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