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Simone Veil : la lutte pour les droits des femmes

Jeune rescapée d’Auschwitz, ministre de la Santé à l’origine de la légalisation de l’avortement, présidente du Parlement européen, immortelle à l’Académie française… Retour un parcours exceptionnel.

Simone Veil jeune

Simone Jacob naît à Nice le 13 juillet 1927 au sein d’une famille juive.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle est déportée à Auschwitz à l’âge de 17 ans et y perd sa mère. Après sa libération, elle entreprend des études de droit, épouse Antoine Veil et entre dans la magistrature en 1957, à tout juste 30 ans (après que son mari a refusé qu’elle soit avocate).

Simone Veil et l’avortement

En 1970, elle est la première femme à occuper le poste de secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature après avoir été haut fonctionnaire dans l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice.

Cette ascension professionnelle et ses positions politiques centristes l’amènent à être nommée ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et dans le gouvernement de Jacques Chirac. On est alors en mai 1974 et Simone Veil est rapidement chargée de présenter au Parlement le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui dépénalise l’avortement.

Attaquée de toute part, menacée par l’extrême droite et une partie de la droite parlementaire, elle finira par parvenir à ses fins.

Un discours notamment fera date. Devant les députés, Simone Veil soutient alors que « l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue ». Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, Simone Veil parvient à faire entrer en vigueur la loi sur la légalisation de l’IVG le 17 janvier 1975, après une adoption du texte à l’Assemblée nationale le 29 novembre 1974 et l’adoption de la loi par le Sénat deux semaines plus tard. La popularité de Simone Veil ne cesse alors de croître.

Sur le plan extérieur, Simone Veil se positionne largement en faveur de l’union européenne.

C’est la raison pour laquelle, en 1979, elle participe aux premières élections européennes, représentant la liste de l’Union pour la démocratie française (UDF). Élue députée, elle est ensuite amenée à présider le Parlement européen jusqu’en 1982. Elle est la première femme à avoir occupé cette fonction. De 1993 à 1995, elle rejoint le gouvernement d’Édouard Balladur sous François Mitterrand, en tant que ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, puis devient membre du Conseil constitutionnel en 1998 pour une durée de neuf ans. Particulièrement active, Simone Veil est également présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007 et membre du conseil d’administration de l’IFRI (Institut français des relations internationales).

En 2007, elle a exprimé son soutien pour Nicolas Sarkozy lors des présidentielles.

Simone Veil présente sa candidature à l’Académie française en octobre 2008.

Elle est élue et reçue parmi les « Immortels » dès le premier tour du scrutin. En 2012, elle est la première adhérente au parti UDI de Jean Louis Borloo. En 2013, elle perd son conjoint, Antoine Veil, qu’elle avait épousé en 1946. A partir de ce moment-là, elle met fin à ses apparitions publiques. Simone Veil décède à son tour le 30 juin 2017 à l’âge de 89 ans.

Le discours de Simone Veil

Le 26 novembre 1974, Simone Veil s’adresse aux députés, qui forment alors un cénacle presque exclusivement masculin. Dans son discours, elle développe face à eux les motifs de sa loi sur la dépénalisation de l’avortement.

En voici les passages clés :

« Pour quelques-uns, les choses sont simples : il existe une loi ­répressive, il n’y a qu’à l’appliquer. D’autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces problèmes : nul n’ignore que depuis l’origine, et particulièrement depuis le début du siècle, la loi a toujours été rigoureuse, mais qu’elle n’a été que peu appliquée. […]

Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la ­situation actuelle est mauvaise. Je dirais même qu’elle est déplorable et dramatique.
Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi et donc l’autorité de l’État qui sont mis en cause.

Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d’organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l’étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d’anarchie qui ne peut plus continuer.

Mais, me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?
Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent ­méconnaître.

Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni ­aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus ­inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.

C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser ».

Fils de Simone Veil

Simone Veil a rencontré son époux Antoine en 1946, à 19 ans, alors qu’elle revenait de déportation avec sa soeur Madeleine.

Elles venaient alors de perdre leurs deux parents, André et Yvonne, et leur frère Jean, tous morts dans les camps. Simone Veil et son mari partageront leur vie pendant 67 ans, et ont eu trois fils : Jean, né en 1947 ; Claude-Nicolas, né en 1948 ; et Pierre-François, né en 1954.

Jean Veil est devenu avocat et même ténor du barreau reconnu à l’international, spécialisé dans le droit des affaires. Pierre-François est aussi devenu avocat en droit des affaires et a fondé son cabinet. En 2002, Claude-Nicolas, médecin, est décédé d’une crise cardiaque à 54 ans.

Simone Veil et son livre « Une vie »

Si Simone Veil a écrit de nombreux livres au cours de sa vie, l’un d’entre eux tient une place toute particulière.

Il s’agit de son autobiographie, « Une vie » (Stock), publié en 2007 alors qu’elle atteignait les 80 printemps. L’ouvrage avait figuré à la place de meilleure vente de cette année-là dans la catégorie Documents-Essais. L’académicienne s’était en effet, analyse Le Figaro Culture, « jusqu’alors peu confiée » et a « touché par son ton personnel, tranchant, parfois mordant ».

Simone Veil au Panthéon

Simone Veil repose désormais dans la crypte des grands hommes et grandes femmes de la Nation.

Le 1er juillet 2018, près d’un an après sa mort, Simone Veil est entrée au Panthéon avec son mari, Antoine Veil, décédé en 2013.

C’est la cinquième femme à rejoindre le monument et la première fois qu’un homme accompagne son épouse. Dans ses dernières volontés, Simone Veil avait expliqué vouloir reposer aux côtés de celui avec qui elle aura partagé 65 ans de vie commune.

Les cercueils des époux ont été rapatriés depuis le Mémorial de la Shoah, dans le 4e arrondissement de Paris, où ils ont été exposés pour un dernier hommage les deux jours précédent la panthéonisation. Recouverts du drapeau français, ils sont ensuite entrés par le portail du Panthéon où le président Emmanuel Macron, son épouse Brigitte, les deux fils des Veil et leurs descendants les attendaient.

De nombreux anonymes se sont aussi réunis tout au long du parcours. Ils ont pu suivre la cérémonie sur cinq écrans mis à leur disposition. Deux tribunes de 500 places étaient également disposées à l’entrée du Panthéon, où 1 000 invités ont pris place. Nicolas Sarkozy et François Hollande en faisaient partie.

La raison de l’entrée d’Antoine Veil au Panthéon n’est autre que son statut conjugal.

S’il aurait été tout à fait possible de laisser le couple au cimetière du Montparnasse et de ne mettre qu’une plaque commémorative au Panthéon, comme ce fut le cas pour Aimé Césaire qui souhaitait que sa dépouille reste en Martinique, il a finalement été décidé que les deux corps soient déplacés au Panthéon.

Simone et Antoine Veil ne seront pas le premier couple à y être enterré. Avant eux, en 1907, le chimiste Marcellin Berthelot et sa femme Sophie, « qui s’étaient tendrement aimé [et] avaient demandé à ne pas être séparés dans la mort plus qu’ils ne l’avaient été dans la vie », avaient été inhumés ensemble. Sophie Berthelot est ainsi devenue la première femme à entrer au Panthéon, mais également la première inconnue. Après eux, en 1995, les deux scientifiques Pierre et Marie Curie y ont également été inhumés ensemble. Cette fois-ci, leurs travaux respectifs étaient mis en avant, plutôt que leur statut marital.

Simone Veil et la Marianne

Dans une lettre au Président, le parti Agir, aux leaders ex-LR pro-Macron, a dit souhaiter que la prochaine Marianne ait les traits de Simone Veil.

Une proposition reçue favorablement par l’opinion publique et la classe politique, quelques jours seulement après la vandalisation de portraits de l’ancienne ministre de la Santé, également recouverts d’une croix gammée, le 11 février à Paris.

L’une des porte-paroles du parti Agir, Fabienne Keller, précise ainsi dans la lettre à Emmanuel Macron : « Nous proposons de donner à Marianne les traits de Simone Veil qui est l’incarnation de la France et de la République, de leurs valeurs, de leurs combats, de leurs défis, de leur ancrage européen » ou encore « Simone Veil fait partie du coeur et de la conscience collective de notre nation. Elle incarne la France, son honneur, sa grandeur, son courage et sa dignité en toute situation et dans l’adversité. Son parcours et ses engagements ont inspiré et donné de la force à des millions de Français. (Sa) vie est à un appel à refuser toutes les compromissions avec les extrémistes, les populistes, les marchands de malheur ».

Simone Veil témoigne des camps

SIMONE VEIL : DATES CLÉS

13 juillet 1927 : Naissance de Simone Jacob
Simone Jacob, future Simone Veil, naît à Nice, au sein d’une famille israélite.

1er mars 1944 : Elle est déportée à Auschwitz
Simone Jacob est déportée à Auschwitz à 16 ans avec sa sœur et sa mère. Cette dernière ne survivra pas aux conditions de vie du camp. Les deux sœurs recouvreront quant à elles la liberté en janvier 1945. À son retour à Paris, Simone Jacob, qui a obtenu son baccalauréat avant l’arrestation, entreprend des études de droit et de sciences politiques.

26 octobre 1946 : Simone Jacob se marie
Simone Jacob se marie à Antoine Veil, qu’elle a rencontré au cours de ses études. Ce dernier deviendra plus tard inspecteur des finances.

1957 : Elle entre dans la magistrature

1969 : Elle est membre du cabinet du garde des Sceaux René Pleven

1970 : Elle devient secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature
Janvier 1974 : Simone Veil nommée ministre de la Santé
Sous le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing, Simone Veil devient ministre de la Santé. Elle conservera ses fonctions jusqu’en 1979.

17 janvier 1975 : Promulgation de la Loi Veil
La ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing fait promulguer son texte autorisant l’avortement en France avec l’appoint des voix de gauche, après un débat houleux, porté par Simone Veil devant le Parlement. La loi est votée à titre provisoire pour une période de 5 ans. Elle sera reconduite le

31 décembre 1979.

17 juillet 1979 : Simone Veil présidente du Parlement Européen
Elu en juin au suffrage universel, le Parlement européen siégeant à Strasbourg procède, lors de sa première session, à l’élection de son président. A la majorité absolue et au deuxième tour, l’ancienne ministre française de la Santé, Simone Veil (52 ans), l’emporte. Madame Veil, qui conduit la liste UDF (Union pour la démocratie française), le parti du président Valéry Giscard d’Estaing, est connue du grand public pour son combat en faveur de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse en 1975. Elue pour cinq ans à la présidence du Parlement européen, elle s’attachera jusqu’en 1982 à promouvoir l’élargissement de l’Europe tout en ayant à coeur d’améliorer les conditions sociales des Européens.

1er mars 1993 : Simone Veil ministre d’État
Simone Veil est nommée ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville au sein du gouvernement d’Édouard Balladur. Elle devient alors la première femme ministre d’État. Jusqu’en 1995, elle offrira tout son soutien à Édouard Balladur.

1er janvier 1997 : Elle est présidente du Haut Conseil à l’intégration sous le gouvernement d’Alain Juppé

1er février 1998 : Simone Veil est nommée membre du Conseil constitutionnel

20 novembre 2008 : Simone Veil est élue à l’Académie française

30 juin 2017 : Simone Veil décède à Paris à 89 ans

1er juillet 2018 : Entrée au Panthéon de Simone Veil

8 mars 2019 : Emmanuel Macron remet le premier « Prix Simone Veil de la République française »
Ce prix a été créé par le Président afin de récompenser des « actions partout dans le monde en faveur des droits des femmes » et doté de 100 000 euros.

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