L'avis des Maîtres

FAIRE ŒUVRE de JUSTICE

amerindiensLorsque Régent Gariwa Sioui m’a reçu sur son site de Tsonontwan, au Québec, il a ouvert notre entretien par une courte cérémonie de purification. En quelques minutes, les volutes de fumée sacrée ont transformé la pièce en un sanctuaire de paix. Je lui ai alors demandé quel lien existant entre cette cérémonie et la valeur de justice qui nous réunissait.

Propos de J.Claude Genel au magazine MEDI@ME N°4

R.G.S. : J’ai conduit cette brève cérémonie de purification et j’ai accepté qu’elle soit filmée (1) dans un but éducatif. Et le fait que tu me demandes de m’en expliquer me permet de faire œuvre de justice. Pourquoi ?

Parce que pendant un temps, mon peuple a emprunté des modèles de cérémonies à d’autres cultures et parfois à d’autres fêtes. Cela a semé la confusion dans les esprits et nous nous efforçons maintenant de pratiquer nos cérémonies telles qu’elles nous ont été données par le Grand Esprit.

À une époque reculée, elles étaient appelées les «  enseignements du Créateur  ».

Pour en venir à notre point fondamental, la justice est ce qu’il y a de plus sérieux et je place cette valeur au-dessus de tout, un peu à l’image de l’aigle qui est le symbole de la justice spirituelle. Depuis les hauteurs, il veille à ce que la paix et la justice soient rendues.

On dit qu’il est le seul à pouvoir regarder le soleil en face. Comme il s’agit d’un symbole, peut-on dire qu’en regardant en soi le soleil spirituel, on peut puiser dans cette justice intérieure ?

RGS : L’aigle est la créature qui vole le plus haut et, par conséquent, la plus près du Grand Esprit. Regarde cette plume d’aigle (il me la tend). Elle a appartenu au fondateur du gouvernement de la nation indienne de l’Amérique du Nord, l’instance suprême chez les Amérindiens.

Elle symbolise la protection spirituelle et la justice suprême. Je l’utilise toujours dans un esprit d’équité. Quand je m’adresse aux esprits, aux énergies, je la prends, à la manière d’une antenne, pour capter cette justice spirituelle. Et les mots que je prononce sont alors de cet ordre : «  Créateur, non seulement je ne dois jamais mentir, mais je dois toujours dire la vérité.  »

La justice est la valeur qui me permet de ne jamais me couvrir les yeux devant les agissements des hommes – quels qu’ils soient – et donc, de ne jamais obéir aveuglement à une loi. Elle me permet de parler en pleine conscience, de toujours devoir dire la vérité.

La justice donne à mon cœur la force de toujours pardonner.

Il s’agit du pardon de l’Indien, qui n’est pas celui des catholiques.

Notre pardon ne doit jamais engendrer une quelconque injustice, il doit être total. La prière du guerrier le dit et c’est pourquoi nous n’avons jamais développé d’armes de destruction massive. Les prières de nos guerriers étaient de vrais cris de justice, donc de liberté.

Je crois en effet que la justice et la liberté sont indissociables.

La justice est inhérente au grand Cercle sacré de la vie, dans lequel toutes les créatures sont interdépendantes et où aucune ne doit démunir une autre, même pas la «  bête à deux pattes  » (ndlr : l’Homme). De là, nous tirons notre plus profond respect pour l’environnement et tout ce qui vit. C’est le même esprit de justice qui nous fait demander à l’arbre de le prélever pour un besoin juste. Pourquoi en couper dix pour ensuite ne sélectionner que le plus beau ? Là, commence l’injustice. Seul l’arbre qui devient un outil, qui chauffe notre maison ou participe à la construction de notre tipi, continue de vivre dans le grand cercle sacré de la vie. Nous sommes alors capables de voir en lui l’histoire de notre vie.

La justice, chez les Amérindiens, s’étend à toutes les créatures qui existent sur Terre. Elle est représentée par cet objet sacré le Ouampoum à trois cordons (2). Pourquoi la justice amérindienne est-elle si importante ?

Principalement parce qu’il n’y a pas d’écriture, donc pas de livre. Autrement dit, lorsqu’on parle, on doit toujours être vrai et la parole doit être une parole d’enseignement.

Si elle n’est pas authentique et juste, elle engendre immanquablement une injustice, ensuite le non-respect puis la guerre et la destruction.

Le Ouampoum représente la loi de justice fondamentale.

Chaque brin nous rappelle comment on doit traiter les hommes (grand cordon), les femmes (cordon moyen) et les enfants (petit cordon).

Le cordon supérieur est le lien spirituel qui nous unit au Créateur ; là, se trouvent les enseignements du Grand Esprit. Lorsque nous nous réunissons pour régler des problèmes, celui qui s’exprime prend le Ouampoum en main. Sa parole est alors reliée à l’ensemble de la Création et elle ne peut aller à l’encontre de ses lois sans engendrer de funestes conséquences.

Avec le grand Cercle sacré de la vie et le Ouampoum, on comprend mieux que la vie spirituelle nous unit, de quelle manière elle nous relie et comment toute action entraîne une réaction. On comprend aussi qu’il n’existe pas de créatures plus importante que d’autres.

Toutes les pollutions perpétrées sur terre, dans l’eau, dans les airs sont la marque de l’injustice humaine envers la création. Cette agression envers l’environnement se prolonge dans le fait que l’on finit par abuser des femmes et des enfants.

La valeur de justice incline donc à la reconnaissance, au respect de soi-même et des autres, de la nature et de toute création. L’enfreindre va à l’encontre des lois de l’harmonie et d’équilibre et engendre inévitablement la guerre.

La justice nous fait réfléchir sur nos actes et leurs répercussions dans notre quotidien et notre environnement. Elle nous guide quant à l’utilisation appropriée des ressources de la planète. Établir des frontières, ériger des barrages, décider d’un parc «  naturel  » et établir un sanctuaire, donne le sentiment qu’en dehors de ces «  limites  », tout est permis : polluer les rivières, pêcher, «  surchasser  » et en plus contraindre les autochtones à rejoindre des «  réserves  » ! En agissant ainsi et en se donnant une bonne conscience de protecteur, l’homme a perdu le sens de la justice.

Avant cet entretien, nous avons mené une enquête à Québec, auprès des gens dans la rue. J’ai été étonné de n’entendre parler que de la justice de hommes, celle qui juge, condamne et puni !

Très peu ont évoqué la justice qui relie l’être humain à son prochain et à sa planète, celle qui lui donne sa véritable dimension à travers sa responsabilité.

L’homme oublie que les institutions supérieures qui le gouvernent ne sont pas toujours démocratiques – je pense qu’elles ne le sont presque jamais.

Il prend des décisions unilatérales, donc sans consultation, parce qu’il s’est doté d’une légitimité à travers ses propres lois et un vote !

Le modèle amérindien repose sur le consensus.

Pour que toute décision soit juste, elle doit tenir compte de l’intérêt de l’ensemble des «  sociétés  » qui composent la communauté : la société des femmes, celle des chasseurs, des pêcheurs, les sociétés spirituelles, celles des arbres, des animaux, etc.

L’état actuel de notre planète montre bien qu’un comportement sans conscience est préjudiciable à l’homme lui-même. Les Amérindiens utilisent un autre symbole, le bâton de parole.

En effet, celui qui prend le bâton de parole dans ses mains peut parler tant qu’il veut. Il prend ainsi très vite conscience de la responsabilité qui lui incombe. Il a également le pouvoir d’être entendu, de ne pas être interrompu et d’être respecté dans son avis. La personne suivante, en prenant le bâton de parole, sait qu’elle doit respecter l’opinion émise par les participants et, si son opinion est différente, elle doit l’exprimer avec respect et avec justice.

Dans la tradition amérindienne, la justice est donc souvent transmise par la parole, celle des anciens entre autres, des sages. Mais en quoi cette parole est-elle juste ?

Elle est juste parce que chez les Amérindiens, traditionnellement, il n’y a pas de jugement, pas de sanction. La peine de mort et la prison n’existent pas dans notre culture, pas plus que de textes sacrés comme ceux de la Bible, du Coran ou de la Torah. Nous considérons que c’est notre parole qui doit être sacrée, entière et intègre.

Finalement, votre livre de justice est celui de la vie. C’est le livre du grand Cercle sacré de la vie que ton peuple porte en respect, que vous devez développer et cultiver toujours sans relâche. Tes propos me disent que c’est la vie qui rend la justice. En étant conscient, en allant à la rencontre des autres, de la nature, on rend justice simplement à travers un comportement et à une façon d’être adaptés.

Il me vient une image pour matérialiser notre propos. Dans le monde occidental, aucun homme ne fait sa loi et c’est un gouvernement qui la lui impose. Chez nous, chaque homme fait sa propre loi et la société n’est pas obligée de lui en imposer une.

Faire sa propre loi et la suivre relève d’une profonde sagesse car cette démarche implique d’être en concordance permanente avec la loi naturelle, la loi de la vie. C’est cela, la vraie justice, celle de la Cérémonie du calumet que l’on fume chacun son tour.

Une cérémonie de remerciements, d’événements qui rend grâce, qui rend justice.

Source : http://othoharmonie.unblog.fr/

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