Enfants

Ce que les ados d’aujourd’hui veulent vraiment savoir sur le sexe

sexe_1Les cours d’éducation sexuelle, le porno, la liberté de parole… On pourrait s’attendre à ce que les ados d’aujourd’hui en sachent bien plus sur le sexe que leurs parents lorsque ces derniers avaient le même âge. En réalité c’est l’inverse qui est en train de se produire.

Atlantico : Dans son livre « For Goodness Sex: Changing the Way We Talk to Teens About Sexuality, Values, and Health », le sexologue américain Al Vernacchio part du postulat selon lequel dès le départ les adolescents sont mal orientés dans leur appréciation de la sexualité, l’idée de compétition prenant le pas sur celle de la compréhension (voir vidéo tirée de la TED conference ici). Dans quelle mesure ce constat se vérifie-t-il, et avec quelles conséquences néfastes ?

Michelle Boiron : Les banquiers, les traders, les hommes d’affaires sont les guerriers des temps modernes. La réussite doit s’étendre à tous les domaines ! Ce qui crée chez l’homme de l’anxiété de la performance professionnelle s’est propagé aussi dans l’intimité. Aujourd’hui l’homme doit aussi rendre des comptes sur sa sexualité c’est très perturbant notamment pour le jeune adolescent qui est plongé trop tôt dans une sexualité adulte et se sent scruté par ses pairs !

L’adolescence est déjà un moment très difficile à traverser. A cela s’ajoute société rendue très anxiogène par le truchement des médias, télévisions journaux féminins ; elle donne l’étalon de la normalité dans notre sexualité. Alors pour le premier rapport ? C’est comme pour le premier emploi il faut être au top ! Avoir de l’expérience alors qu’on est en un être en devenir !

La sexualité qui est véhiculée par le porno notamment laisse peu de place à la sensualité et aux émotions, à la découverte des corps, au plaisir nouveau, au désir que l’on découvre à deux dans un acte fédérateur et qui restera pour toute une vie : la première fois. C’est cela que devrait vivre l’adolescent.

Alors cette première fois, gardons-là dans l’intimité et ne l’exposons pas au regard. C’est une initiation à deux. S’il y a eu une transmission digne de ce nom tout se passera très bien. On n’attend pas là une transmission racoleuse mais une sexualité respectueuse.

Les conséquences néfastes de cette compétition sur les adolescents consistent en une déshumanisation de l’acte sexuel. Ils sont « gâchés » par les représentations et les images qu’ils ont vues, ce qu’on leur donne à voir. Ce qu’ils ont vu les a le plus souvent effrayés et les empêche de vivre une sexualité à leur niveau avec ce qu’ils sont à ce moment-là de leur vie : respectueux de ce qu’ils sont, de leurs émotions, de leur manque, leur maladresse, leur histoire, leur sentiment.

Atlantico : Aujourd’hui, quelles sont les questions que se posent les adolescents sur le sexe ? Quelles tendances se dégagent, et sont-elles les mêmes chez les filles et les garçons ?

Michelle Boiron : La place que prend la sexualité dans notre société qui nous « gave » d’informations sur la sexualité empêche notamment les adolescents de se poser des questions. Tout est décrit sous forme de questions-réponses qui ne permettent aucune élaboration personnelles mais plutôt un copié collé de ce qui se fait, doit se « faire » dans tous les domaines sans prendre en considération qui l’on « est », mais seulement de que l’on peut produire, faire.

La sexualité est une histoire d’amour qui débute dès la naissance entre le nourrisson et ses parents. Tous les instincts sont là, présents du toucher à l’odeur en passant par la voix. La façon dont on a été touché, regardé, laissera des traces indélébiles sur notre être sexué. La communication commence dès lors entre l’enfant et les parents. C’est toute une construction que l’on élabore ensemble par une succession d’apprentissages au fur et à mesure que l’enfant grandit.

Si l’on n’a jamais communiqué avant l’adolescence on ne peut pas, parce qu’il est grand temps de s’ériger en éducateur à ce moment-là. Les parents doivent transmettre à l’enfant la loi, une éthique qu’eux-mêmes respectent : de l’amour, du plaisir, le respect de l’autre… L’enfant doit grandir par identifications successives à son rythme avec ce qu’il est à travers sa sensibilité ; alors comment aujourd’hui dans un monde qui est en perte de repères trouver un lieu qui aide à grandir, à se séparer, à devenir un homme ou une femme ?

Le cadre a volé en éclats, et souvent au moment où l’adolescent doit prendre son envol, c’est le père ou la mère qui s’en va. Toute la construction d’un idéal qui les a fabriqués tombe. Alors à quels saints/seins se vouer ? En oppositions aux parents à l’amour qui fout le camp qui ne dure que 3 ans ? Comment s’identifier à ce couple parental qui se disloque alors que l’adolescent en a besoin pour s’appuyer se construire, quitter l’adolescence pour devenir homme, devenir femme ?

Serge Hefez écrit aujourd’hui : « Hommes et femmes se trouvent sur un pied d’égalité pour affronter un triple défi : concilier l’amour de soi et l’amour de l’autre ; négocier les aspirations à l’autonomie et à la liberté et les désirs de symbiose ; adapter leur dualité à celle de leur partenaire en ajustant en permanence leurs évolutions réciproques » (« Dans le cœur des hommes », Serge hefez éditions Pluriel fayard 2010)

Les jeunes aujourd’hui parce qu’ils vivent cette mutation en cours et ce rêve d’égalité homme femme se posent surtout la question : « C’est quoi être un homme ? C’est quoi être une femme ? »

Cela n’a jamais été une question facile mais aujourd’hui cela ne veut plus rien dire « d’être comme papa » ou « d’être comme maman » ! Il y a un tel bouleversement de la famille, du couple, que tout est à réinventer dans une société qui ne veut plus de morale, plus de contrainte. On est victime d’un individualisme qui est inconciliable avec in fine ce rêve de rencontrer l’âme sœur. Ce rêve reste malgré tout toujours ce vers quoi tendent la plupart des filles et des garçons.

La question qu’ils nous posent malgré tout : Peuvent-ils encore y croire ? Miser sur ce conte de fée qui a bercé et berné tant d’hommes et de femmes ? Ou bien doivent-ils tomber dans le piège d’une lucidité effrayante ? Ne plus croire au grand amour ? ne plus croire non plus à une relation sexuelle réussie mais s’installer dans une existence virtuelle où le manque et la frustration n’existe pas, où seule la jouissance assurée serait un objectif à atteindre ?

Atlantico : Dans quelle mesure le porno, l’esprit de compétition, et le fait d’insister exclusivement sur les risques des pratiques sexuelles dans le cadre de l’initiation (surtout pour les filles) ont-ils influé sur le questionnement des jeunes ?

Michelle Boiron :La question de l’éducation sexuelle est une question récurrente qui ne peut être exclusivement traitée à l’école. C’est mieux que rien néanmoins. C’est surtout en termes de risques que se font aujourd’hui les apprentissages scolaires. Aujourd’hui une jeune fille, avant d’avoir la première relation sexuelle, ne se trouve pas réellement dans la position d’une princesse qui attend le prince charmant. Etre une jeune fille aujourd’hui c’est être responsable, consciente des risques inhérents à la sexualité, en un mot être une femme adulte à un moment où on n’est encore qu’une femme en devenir.

Elle doit ne pas tomber enceinte, se protéger des maladies sexuellement transmissibles, jusqu’à se faire vacciner avant le premier rapport contre le papillomavirus afin d’éviter les risques de cancer !

Le garçon doit se protéger également des maladies transmissibles, il doit tenir le temps qu’il faut pour donner du plaisir à sa partenaire. Etre dans le culte de la performance, maintenir une érection suffisante… En effet il sera probablement noté à la sortie ! Difficile dans cette atmosphère de vivre un premier acte sexuel réussi alors qu’il est déjà très codifié, et qui laisse peu de place à une rencontre réelle empreinte de sensualité.

La sensualité est indispensable pour une relation sexuelle amoureuse réussie. Le désir conduit au plaisir.

Le désir et son cortège de sensations seront découverts ensemble, au rythme du couple d’adolescents, et pas comme un examen de passage que l’on doit à tout prix réussir .

La sexualité ? Les adolescentes en entendent parler et elles ne manquent pas d’interroger les réseaux sociaux, ce qui laisse peu de place aux rêves et au plaisir. Elles sont vierges et ont tout d’abord une appréhension sur la douleur du premier rapport, elles ont peur de ne pas être à la hauteur, éprouveront-elles du plaisir ? Leur corps est-il aux normes ?
Alors que les seules questions devraient être : Suis-je prête ? Est-ce le bon moment ? Le bon partenaire ?

Elles ont aussi entendu que la vraie femme est vaginale, exit la clitoridienne ! En cela elles rejoignent le garçon dans la performance demandée avant même d’avoir eu leur première relation. L’un et l’autre ne sont pas conscients que ce passage du devenir femme va passer par le regard de ce jeune homme qui leur aura donné du plaisir et le devenir homme va passer par ce regard de la jeune fille qui aura su le recevoir.
Les sociétés plus ritualisées ne laissaient pas ce passage se dérouler sans une initiation digne de ce nom. Ces affaires-là sont trop sérieuses pour les laisser entre les mains de la pornographie !

Atlantico : Notre société hyper sexualisée pourrait nous laisser penser que les adultes n’ont plus rien à apprendre aux adolescents en matière de sexualité. Qu’en est-il dans les faits ? La culture de la transmission et de l’initiation doit-elle être (ré)introduite ?

Michelle Boiron :Les adultes ont toujours quelques choses à transmettre, c’est pour cela qu’ils font des enfants c’est aussi pour leur transmettre des valeurs qui les inscrivent dans une culture une société, une religion un savoir-faire, un savoir être.
C’est la manière qu’a l’humain d’être immortel. La sexualité est une des manifestations qui permet cela.

On est passé en quelques décennies dans la sphère de la sexualité à une pudeur, un non-dit, une culpabilité invalidante, étouffante et paralysante à un laisser-aller, un étalage, un « no limit » où la transgression pour être digne de ce nom doit atteindre des sommets. Comme si « cette libération » ne s’opposait pas dans de nombreux cas à la nature profonde de l’être. Rien n’est interdit tout est possible, tout est normal ! Peut-être que cette transformation est terrifiante pour certains qui veulent à tout prix garder les anciens repères qui rassurent.

Il reste néanmoins que le mélange des genres, des générations, créent un trouble où il est de plus en plus difficile pour les adolescents de pouvoir garder des repères sur lesquels se construire, s’opposer. Face à l’initiation sauvage de la sexualité par la pornographie notamment, ne faudrait-il pas que l’éducation, au sens large – la famille mais aussi l’école – se sentent responsables de redonner aux adolescents dans l’errance les repères qui lui sont nécessaires ?

On n’est pas obligé d’être d’accord, on n’est pas obligé de prendre le même chemin tracé, on peut même dépasser la limite (c’est ce à quoi sert la limite, à être dépassée !), mais une seule chose est sûre, c’est que l’on doit en tenir compte. On ne peut pas impunément changer des lois qui ont tenu les hommes depuis des millénaires.

Alors revenir au rituel de passage comme dans les sociétés où le rituel est incontournable ? C’est une bonne chose. C’est normé, codé cela signe une transformation, un passage auquel l’adolescent s’attendra, il ne sera pas pris de surprise ou malmené par un monde qui l’emmène trop loin de la réalité en chair et en os. Je fais allusion au monde virtuel. Oui la sexualité doit continuer d’être une expérience dans la vraie vie. Transmettons cela aux adolescents.

 

Michelle Boiron est psychologue Clinicienne, thérapeute de couples et sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris. Membre de L’AIUS association inter universitaire de sexologie. Auteur de différents articles notamment sur le Vaginisme, Gourmandise et Sexualité, le XXIème Sexe, l’Addiction Sexuelle, la Fragilité Masculine. Rédactrice invitée du magazine : Sexualités Humaines.

 
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