Couple

Vivre ses colères

Dr Theodore Isaac Rubin
isaac rubin

Tyrannie domestique

Voici un poison encore plus éloigné d’une saine colère ou de son expression que le précédent. Comme toute personne arrogante, le tyran domestique se sent particulièrement fragile, vulnérable, menacé et cache son sentiment d’insuffisance en essayant de dominer les autres et en portant atteinte à leur liberté. Cette tyrannie peut se manifester de manière évidente ou très subtile. Les tyrans ont le don de choisir des victimes qui les supportent. Ils entretiendront souvent avec les autres des rapports explosifs. S’ils choisissent une « mauvaise victime » et qu’ils deviennent l’objet d’une vraie colère c’est presque toujours un effondrement panique car ils n’ont pratiquement jamais fait face à cette réaction.

Certaines des formes de tyrannie les plus vicieuses — éclatantes ou subtiles — se trouvent dans les rapports entre parents et enfants. C’est le cas de parents sérieusement névrosés (non-faiseurs d’histoires) ainsi que de ceux qui sont de véritables despotes (quelle que soit leur bienveillance). Les premiers font appel au martyre et à la culpabilité pour houspiller et diriger; les seconds emploient toutes leurs forces, leur astuce, leur expérience et parfois le déchaînement (agression féroce manifeste). Nous décrirons un peu plus loin ces mères martyrisées ou explosives.

Les tyrans domestiques puisent principalement dans leur bourbier intérieur l’énergie nécessaire à leur entreprise. Face à un tort ou à une indiscrétion ils réussissent parfois à paraître vraiment irrités, mais en les observant attentivement on découvrira que leur irritation est synthétique et n’est en fait qu’un moyen de parvenir à leurs fins, c’est-à-dire harceler et soumettre leurs victimes.

Les tyrans sont des personnes particulièrement craintives et qui ont acquis une grande répugnance à sentir ou à exprimer sainement leur agressivité. Ainsi ils peuvent compter sur une fange intérieure presque inépuisable pour satisfaire leurs besoins despotiques.

Paroles extra-douces

Ce petit poison est une forme particulièrement virulente de l’effacement de soi et du syndrome du « type bien, ne fait pas d’histoires ». La brosse à reluire fonctionne ici jusqu’à un point curieux. Plus la victime s’irrite, plus elle s’adoucit. Elle est spécialement gentille avec la ou les personnes qui l’irritent le plus. Elle ne peut même pas supporter que quelqu’un se mette en colère contre elle. Elle accorde donc toute son attention à ces personnes qui, pour une raison ou pour une autre, pourraient se fâcher contre elle. Il s’agit invariablement des personnes qu’elle aime le moins et qui l’agacent le plus. Par contre elle ignore celles qu’elle apprécie et auxquelles elle se fie. Elle n’est pas menacée par elles, et a besoin de toute son énergie pour adoucir ses « ennemis potentiels ». Elle vit donc dans un monde renversé qui doit la maintenir à l’abri mais qui est aussi totalement dépourvu de bonheur ou d’honnêteté.

La victime de cet étrange poison peut se détruire elle-même en cherchant à impressionner quelqu’un qui ne peut cependant avoir d’importance dans sa vie. Je me souviens d’une patiente qui après nos premières rencontres arrivait en retard pour ainsi dire à chaque visite. J’appris rapidement que le concierge de mon immeuble, un homme qui s’ennuyait et adorait parler, entamait avec elle une longue conversation chaque fois qu’elle venait me voir. Non seulement elle ne le découragea pas, mais elle entra dans le jeu pour lui être agréable. Il apparut par la suite qu’elle n’aimait pas cet homme, et qu’elle le trouvait grossier et ennuyeux. Mais plus il l’irritait et plus elle se montrait aimable, se mettant ainsi dans une situation embarrassante car elle ne voulait pas me contrarier par son retard. Naturellement elle essaya à plusieurs reprises de m’enjôler aussi. Finalement tout « sortit » — avec une rage considérable. Elle découvrit avec soulagement qu’après tout elle n’était pas la douceur même et qu’il lui était inutile de dépenser du temps et une énergie extraordinaire à se faire passer pour ce qu’elle n’était pas. Ses poisons se déliant, elle devint beaucoup plus honnête avec elle-même et les autres, rendant ainsi possible l’établissement de rapports constructifs.

La « gentillesse » est à l’ordre du jour. C’est une grande couverture qui cache souvent une immense fosse de fange explosive, ainsi que l’impossibilité maladive d’entretenir de saines relations. Ceux qui se trouvent « gentils » en font une vertu : ils se voient en missionnaires prompts à tendre la joue. Ce mythe est détruit lorsque la fange intérieure explose à la surface en déclenchant souvent des troubles émotifs très sérieux — et douloureux.

L’agression féroce ou la « guerre à outrance »

vivre ses colèresSi vous vous trouvez en face d’une agression féroce vous vous en rendrez certainement compte. Cela ressemble parfois à de la vraie colère, née de vrais sentiment. Mais cela ne va pas plus loin. Ceux qui explosent ainsi sont des êtres qui ont constamment l’air d’être en colère. Mais ils ne la ressentent pas vraiment. En fait, ils ressentent peu de choses de façon simple et non déviée.

Ce dont je parle ici est le sadisme verbal, à la manière de Qui a peur de Virginia Wolf ? Ceux qui s’y adonnent choisissent parfois n’importe quelle victime apparemment consentante ou bien forment des couples sans autre but que de se déchirer verbalement. Karen Horney a brillamment décrit dans différents ouvrages la puissance du sadisme. Les sadiques souffrent d’une carence démesurée de sentiments. Sur le plan émotif, ils sont morts. Ils ne ressentent rien. Infliger la douleur et la ressentir est un recours extrémiste, une tentative pour éveiller un sentiment de quelque sorte. S’ils n’y parviennent pas, l’évocation de la douleur chez les autres satisfait au moins par procuration le désir ardent de la ressentir. Les fanatiques de l’agression verbale aiment parfois avoir un public ; certains en ont même besoin et le recherchent. Cette sorte d’exhibitionnisme sadique élargit la stimulation. L’éclat, ou le sadisme verbal, est un poison. Ceux qui éclatent ainsi ont immanquablement de merveilleux réservoirs de fange. Ils n’ont, moins que tout autre, de contact avec leur colère. En fait, avec aucun de leurs sentiments. En se déchaînant ils réussissent à exprimer une légère trace de colère déviée. Mais le vitriol qu’ils éructent n’a que peu ou pas de rapport avec une colère normale. L’agression est donc un poison, et en vitupérant la victime fait appel à sa fange intérieure pour se stimuler, elle et les autres, dans sa recherche de sentiments. Malheureusement, ces sentiments sont misérables et très éloignés de ce qu’ils éprouvent. La sensation momentanée de satisfaction disparaît, laissant la place à un besoin toujours plus intense de scènes explosives. Pris dans ce mécanisme, le sujet ne peut plus avoir que des rapports malsains et participer à une entreprise néfaste. […]

Je suis avec vous

Les psychiatres nomment ce poison « l’identification à l’agresseur ». En effet, les personnes atteintes de ce poison se disent — inconsciemment — « si vous paraissez agressif alors je suis avec vous et j’essaie de satisfaire certains de mes propres besoins d’agressivité à travers vous ». Ou, sous une autre forme : « Je ne peux pas le faire, alors faites-le pour moi. Nus ne saurons ni l’un ni l’autre que vous agissez pour moi. Les gens l’heure, les circonstances ne seront pas appropriées mais j’en tirerai peut-être quelque profit. » Ceux qui recherchent ainsi l’agressivité ont aussi tendance en d’autres domaines à vivre par le truchement des autres. Ils se tiennent habituellement à l’écart de toute implication, des influences, des décisions importantes et certainement de tout ce qui peut provoquer un conflit émotif. Ces êtres sont sur la touche. Ils regardent la partie qui se déroule et s’identifient aux joueurs sans jamais participer directement au jeu. Ils pourront parfois donner l’impression d’avoir accompli un geste significatif — impliquant une prise de participation émotive — mais une étude approfondie de leur acte prouvera le contraire. Ils s’engageront parfois dans des mouvements collectifs ou sembleront défendre une cause, mais leur adhésion restera superficielle, machinale et distante. Leur seul but est d’être là en spectateur.

Le besoin d’agresseurs auxquels ils pourront s’identifier prendra quelque fois de curieuses formes. […]

Ce poison prend une autre forme, que j’ai mentionnée brièvement plus haut, dans l’adhésion à des mouvements collectifs. Certains jeunes s’associeront à des bandes pour s’identifier à une agressivité potentielle. D’autres personnes rejoindront de façon chronique et sans discrimination des organisations contestataires. Pour certains peu importe ce qui est réclamé. D’autres encore changeront de camp surtout pour être du côté des plus virulents. Des êtres particulièrement « passifs » (mais pensez à ce que peut être leur bourbier intérieur) se retrouvent au milieu d’une émeute sans savoir comment ils y sont arrivés. Des hommes se sont engagés dans l’armée… mais comment ? « J’ai juste pris un verre en écoutant ce terrible sergent recruteur. » Certains sont incapables de manifester une véritable agressivité. Ce n’est pas difficile de comprendre si l’on admet que « je suis avec vous » se produit presque toujours d’une manière totalement inconsciente. L’individu pris par ce poison ne sait pas qu’il s’identifie avec un agresseur, un agresseur potentiel ou une agression.

Courts-circuits

Voici tout à la fois la somme des poisons et l’effet toxique absolu.

Les poisons n’agissent pas dans l’isolement. Ils ne s’excluent pas les uns les autres. En fait, on les trouve presque toujours en association symbiotique. Certains d’entre nous utilisent un poison plus que d’autres, mais si nous avons une mauvaise attitude face à la colère nous en emploieront sûrement plusieurs. L’effet global reste toujours le même. Ils créent des courts-circuits dans les lignes de communication humaines. Ils nous détachent de nos propres sentiments et de nos amis. Ces courts-circuits provoquent de nouveaux effets empoisonnés sur la manière dont nous réagissons à nos sentiments — et notamment à la colère. Il se crée ainsi une multitude de cercles vicieux qui nuisent aux nombreuses possibilités de découvrir des rapports humains honnêtes et riches de promesse. De telles relations et les récompenses qu’elles portent en elles-mêmes seront tout simplement impossibles si nous sommes des infirmes de l’évolution.

(Source : Extraits pp.81 sqq, 99 sqq, 134)

Ed. Robert Laffon, 1970, traduit de « The Angry Book », disponible sur Amazon.

http://newsoftomorrow.org/vie/psycho/dr-theodore-isaac-rubin-vivre-ses-coleres-extraits
 
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