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Priscilla Telmon: « Tout est possible, je fais, c’est tout »

A 18 ans, elle a quitté les bancs de la fac pour l’école de la vie. Depuis, rien ne l’arrête. Journaliste, photographe, peintre, cavalière… cette aventurière sillonne la planète seule et à pied. Son secret pour tout oser et tenir quand elle est rongée par la fatigue et les ampoules ? La passion qui la pousse sur les routes et la guide dans sa quête intérieure.

Je n’ai jamais eu de problèmes d’impossibilité, parce que je pense que tout est possible. »

Quand elle prononce cette phrase, Priscilla Telmon ne cherche pas à vous narguer. Elle ne se rengorge pas, n’en tire aucune fierté : à vrai dire, elle est persuadée que cette « évidence » est unanimement partagée. Au « comment faites-vous ? », elle répond systématiquement : « Je fais, c’est tout. » Comment fait-elle pour être aventurière ? Ben… elle part à l’aventure. Et pour être à la fois journaliste et photographe, peintre et cavalière, cinéaste et apprentie chamane, polyglotte et grande sportive ? Facile, dit-elle : « Je ne fais que ce qui me passionne. Et puis, nous avons tous plusieurs identités. Pourquoi vouloir nous réduire à une seule case, un seul tiroir ? »

Mais commençons par le commencement. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Priscilla Telmon a toujours eu envie de savoir « ce qui se passe de l’autre côté de la montagne, de l’océan ». Toute petite, elle se passionnait pour les atlas qui étaient ses livres de chevet. D’ailleurs, quand elle vous en parle, des étincelles plein les yeux, vous avez juste envie de vous précipiter sur une carte du monde pour rêver, à votre tour, de tout ce que vous pourrez encore voir – parce que vous en avez le temps, oui, oui, il suffit de le prendre.

Des jeannettes aux steppes d’Asie centrale

Un père éditeur, une maison pleine de livres. Une famille agnostique, mais des cours de catéchisme. La fillette qui n’aime que « les contes, les mythes et les étoiles » est inscrite chez les jeannettes, les « filles scouts ». Elle y apprend à se servir d’une boussole, à lire des cartes et à décrypter la Bible, tout ce qui la passionne, mais finit par décrocher : « C’était trop carré. » Pour rassurer ses parents, elle s’inscrit en psycho, à la fac, mais elle est prise d’un vertige : « L’école de la vie m’appelait. Je ne pouvais pas, à 18 ans, m’engouffrer dans un métier pour toujours. Choisir une voie est une question tellement philosophique ! Comment peut-on l’infliger aux gamins ? » Elle quitte la fac pour les Philippines où elle s’investit dans un dispensaire de sœur Emmanuelle, se nourrit l’esprit en s’inscrivant à l’université libre du Dr Willem et suit par correspondance ses cours d’ethnomédecine où se mêlent acupuncture, cabale et médecines « ethniques » – chinoise, africaine, tibétaine…

Comment fait-elle ? Elle n’en fait qu’à sa tête. En 1999, elle a 23 ans et un coup de foudre pour le grand voyageur Sylvain Tesson. Il a déjà parcouru le monde à pied et à vélo, il l’embarque à cheval pour « un grand sourire » à travers les steppes d’Asie centrale – un parcours en demi-cercle à travers le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. 3 000 kilomètres, « avec trois chevaux merveilleux », sur des pistes de traverse, dans des contrées où l’on ne croise que quelques nomades, intrigués par cette Blanche libre et indépendante qu’ils appellent « chto », « la chose », « le truc ». Elle en rit encore, de ce rire cristallin qui s’écoule en cascades et lui est si particulier. « Nous n’allions pas à la rencontre des nomades, nous étions des nomades. Nous vivions, mangions comme eux, avions les mêmes souffrances, les mêmes joies, les mêmes plaisirs. Nous empruntions leur identité, comme des buvards. Je découvrais le sentiment de pouvoir vivre plusieurs vies en une seule. »

En 2004, au bord du lac Namtso, au Tibet, à 4 700 mètres d’altitude

« Chto », qui a été biberonnée aux livres des grands voyageurs – les Ibn Battouta, Ella Maillart, et surtout Alexandra David-Néel qu’elle appelle « Alexandra » – se met en tête de partir sur les pas de cette dernière. A pied, toute seule, à travers jungles et montagnes, du Nord-Vietnam à l’Inde, en passant par le Yunnan, le Sikkim et le Tibet. Soit six mois, dont des semaines entières sans croiser âme qui vive, avec pour seul compagnon de route ce « comité angélique » qui, assure-t-elle, veille sur elle et la soutient.

Un sac à l’essentiel

Sur son dos : un sac de 15 kilos, pas plus – « le poids est l’ennemi du marcheur ». Elle y met le minimum, qu’elle décline dans cet ordre : « Du papier de riz pour écrire, c’est ce qu’il y a de plus léger, un stylo et une tenue de rechange. Une caméra et cinq batteries, soit cinq heures d’autonomie, ce qui m’oblige à filmer l’essentiel : il m’arrive de ne pas croiser de point d’électricité pendant des semaines. Des pellicules pour mon appareil photo – un appareil numérique impliquerait aussi un ordinateur, des chargeurs, donc du poids inutile. Une brosse à dents, un bout de savon pour tout laver – moi et mes habits – dans les rivières. Un couteau, une minipharmacie, un duvet. Et puis une boussole et surtout des cartes, celles des armées russe et chinoise : quand je suis au milieu de nulle part, je les compare pour être au plus près de la vérité, par exemple pour trouver un puits. En voiture, 50 kilomètres, ce n’est rien. A pied, tu as intérêt à ne pas te tromper. »

Ceci dit, l’idée de se perdre ne l’effraye pas. « Cela amène toujours à se remettre en question, à découvrir l’inattendu. Tu t’orientes vers une ville, tu atterris dans un campement, tu passes une soirée géniale avec des personnes qui deviennent ta famille. C’est un cadeau ! Je ne me fixe pas de but quotidien. J’ai un point d’arrivée, 4 000 ou 5 000 kilomètres plus loin, et j’essaye chaque jour d’accomplir une petite étape, d’avancer. Mon idée n’est pas de me dépêcher, mais d’être dans la durée, dans une lenteur qui enrichit la vie. Ce voyage-là te dépouille de tes habits, de tes habitudes. Tu t’explores toi-même, tu plonges très fort et tu aiguises tes sens. L’aventure devient une excuse pour entreprendre une quête personnelle et intérieure. Au fond, c’est ce qui m’intéresse : il y a tellement à apprendre sur soi… »

Nourrie d’énergie céleste

A Paris, Priscilla Telmon a les cheveux qui brillent, une peau de bébé et des mains bien soignées. Sur les routes, c’est une autre affaire. « La vie y est extrême et il faut mettre en pratique l’enseignement des stoïciens », dit-elle, pudique. Elle ne s’apitoie pas sur ses pieds en sang, rongés par les ampoules : « A force, une bonne corne se forme et procure des semelles naturelles. Il suffit de ne pas y penser. » Elle ne pense pas non plus à la faim, elle en rit : « Je reviens avec une ligne mannequin. Sur place, je mange ce que je trouve, puis l’appétit diminue. On mange trop, en Occident ! » Elle se tait, reprend d’une voix plus basse : « Seule sur les chemins, ton énergie ne vient plus de la nourriture, mais de l’extérieur, de l’ailleurs. C’est une énergie cosmique, céleste, celle que l’on retrouve dans tous les grands enseignements et qui existe vraiment. J’ai appris que la nourriture peut être autre… »

Croyante, elle l’est profondément. Chez elle, à Paris, trône un beau Bouddha, entouré d’images de maîtres tibétains et devant lequel elle renouvelle chaque matin les offrandes. C’est pourtant de l’animisme et du panthéisme qu’elle se revendique. Sa pratique, ce sont ses voyages : « Quand tu marches, tu es dans le moment présent absolu. Tu martèles la terre, tu rééquilibres les trois dimensions de l’être que sont l’esprit, l’âme et le corps, et tout s’harmonise. Tu es reconnectée, tu es dans le vrai. Tu perçois la fourmi qui marche sur une pierre, tu es en symbiose avec le caillou sur le chemin. Dans ces moments-là, tu n’as pas assez de tes bras, de ton cœur, pour étreindre la Terre. »

Il y a cinq ans, une rencontre lui a ouvert une nouvelle voie. C’était au hasard d’un documentaire pour Canal +. Elle a hésité, cette fois, elle qui n’a peur de rien, pas même des brigands qui un jour l’attaquèrent dans l’Himalaya, ni des CRS qui la cernent quand, avec son complice Sylvain Tesson, elle escalade Notre-Dame de Paris ou la tour Eiffel « pour attirer l’attention sur le Tibet ». « Je savais que je m’engageais pour vingt ans au moins… » Avec « son regard qui regarde ailleurs, si loin, au-delà », Justina l’a adoptée. Elle vit au Pérou, à cinq jours de pirogue de la ville la plus proche, dans un village où aucun Occidental n’était entré. Priscilla a appris le shipibo, la langue de la tribu de Justina. Depuis cinq ans, elle retourne régulièrement à ses côtés. Pour poursuivre son initiation de chamane, « désapprendre tout ce que j’ai appris et pénétrer ce monde mystérieux, irrationnel ». La vie n’est-elle pas magique ?

Au cœur de la forêt amazonienne, au Pérou, avec Justina Serano qui l’initie au chamanisme.

Site : www.priscillatelmon.com

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