Contre-enquêtes

Pourquoi il est impossible de comprendre le conflit syrien sans remonter jusqu’à l’Antiquité

syrieAtlantico : L’auteur d’origine russe Dmitri Chen estime dans un article publié sur le site Bloomberg que pour comprendre le conflit syrien, il est nécessaire de remonter au VIIIe siècle après Jésus-Christ (lire ici).

A cette époque, les Iraniens ont commencé à s’émanciper du pouvoir arabe et ont donné naissance au courant chiite. Est-il exact de dire que le conflit syrien actuel s’inscrit dans la continuité d’une opposition religieuse avec les sunnites ?

Fabrice Balanche : Dimitri Chen est un romancier non un historien. Ses raccourcis historiques sont audacieux et faux. La division entre sunnites et chiites (les partisans d’Ali) a eu lieu dès le VIIème siècle, c’est-à-dire au début de l’Islam. Les premiers chiites étaient arabes et c’est dans le monde arabe que le chiisme s’est d’abord répandu. La dynastie Fatimides qui régna du Xème au XIIème siècle sur le Maghreb et l’Egypte, avec une incursion en Syrie au XIème propagea le chiisme en dehors de son foyer irakien. Car c’est au sud de l’Irak autour des villes saintes du chiisme : Najaf et Kerbala que s’est épanoui cette variante de l’Islam.

Une partie des Perses ont adopté le chiisme, mais ce n’est qu’à partir du XVIème siècle que le chiisme est devenu la religion officielle de la Perse avec l’avènement de la dynastie Safavide. Pour les monarques perses il s’agissait de se distinguer du sultan ottoman (turc) qui s’était proclamé Calife (successeur de Mahomet) en 1517 après s’être s’emparé de la Mecque et du dernier Calife Abasside. Sélim Ier le terrible était devenu le commandeur des croyants, par conséquent il avait autorité sur tous les musulmans sunnites, les chiites ne le reconnaissant pas, comme tous ceux qui ont « usurpé » le Califat, lequel aurait dû revenir au descendant d’Ali.

Au XVIème siècle, les nobles du Sud-Ouest de la France devinrent protestants notamment pour s’émanciper de la tutelle royale. Les monarques perses imposèrent le chiisme à leur peuple pour qu’il ne fasse pas allégeance au sultan ottoman.

Le conflit syrien ne s’inscrit donc pas dans une continuité religieuse qui opposerait viscéralement sunnites et chiites depuis des siècles. Ces identités sont réactivées depuis quelques décennies par l’Iran pour se trouver des alliés dans le monde arabe et par l’Arabie Saoudite pour empêcher les populations sunnites de succomber aux sirènes de la Révolution islamique iranienne.

Périodiquement dans l’Histoire, les identités religieuses ont été manipulées à des fins politiques et géopolitiques, c’est le cas aujourd’hui. Mais lorsque la Syrie est devenue alliée de l’Iran dans les années 1980, ce n’était pas au nom de la solidarité chiite, les alaouites ne se sentant guère chiite et les ayatollahs iraniens les suspectant d’hérésie.

En fait, il s’agissait pour Hafez el Assad de se trouver un allié face à l’Irak de Saddam Hussein, son pire ennemi, lequel venait de basculer du côté américain dans sa guerre contre l’Iran de Khomeni.

Par quelles grandes étapes la Syrie est-elle passée pour devenir ce pays composite (majorité sunnite, minorité alaouite au pouvoir, minorités chrétienne et druze) ? A-t-elle toujours existé en tant que pays ou nation ?

La Syrie dans ses frontières actuelles n’existe que depuis 1945. C’est le produit du partage du Proche-Orient par la France et la Grande-Bretagne en 1918, et de la politique coloniale française qui en a détaché le Liban et le Sandjak d’Alexandrette cédé à la Turquie. Il est donc logique que cet Etat-territoire, car il n’est pas possible de le qualifier d’Etat-nation, soit composite sur le plan ethnico-confessionnel. Elle est le produit de la désintégration d’un Empire ottoman multicommunautaire et non d’un processus d’homogénéisation de la population sur des critères ethniques et confessionnels.

En revanche, avec la révolte syrienne nous assistons à ce processus de construction ethno-national fondé sur l’appartenance à l’arabité et à l’Islam sunnite.

Les rebelles appartiennent quasi exclusivement à la communauté arabe sunnite. Les Kurdes sont sunnites, mais leur identité kurde passe avant la religion, d’ailleurs ils ont eux aussi un projet de construction ethno-national. Quant aux Arabes chrétiens, alaouites et druzes, ils savent également que cette révolution « nationale arabe sunnite » va conduire à leur marginalisation ou leur expulsion.

De fait, la Syrie est-elle condamnée à vivre dans un climat de tensions permanentes entre une majorité sunnite et des minorités qui se trouveraient alliées contre elle par défaut ?

Les nationalistes arabes dans leur version baathiste ont cru que leur idéologie pouvait transcender les clivages communautaire en créant une identité arabe-syrienne dans lesquelles tous les Syriens pourraient se fondre. Cela posait un problème avec les Kurdes et les Turkmènes qui furent invités par diverses méthodes coercitives à s’arabiser.

La Syrie baathiste et la Yougoslavie de Tito ont beaucoup de points communs.

Une petite partie de la population a effectivement intégrée le modèle unitaire, notamment chez les intellectuels et les cadres du régime, mais la grande majorité est restée attachée à son identité communautaire. Cette dernière s’est renforcée à mesure que le mode de développement baathiste ne tenait pas ses promesses, que la corruption gangrenait le système et que le revivalisme sunnite s’affirmait avec le soutien de l’Arabie Saoudite wahabite pour contrer l’influence iranienne au Moyen-Orient.  Face au sunnisme triomphant et majoritaire au Proche-Orient, nous assistons à une alliance des minorités chrétiennes et chiites.

C’est ainsi que l’on peut expliquer la coalition hétéroclite, et en apparence contre nature, qui lie le Hezbollah libanais et le parti chrétien du général Aoun. Ce dernier pense que l’avenir des Chrétiens au Liban ne peut être garanti que par une alliance avec les chiites et le régime alaouite de Bachar el Assad, appuyé par l’Iran chiite. Tandis que d’autres chrétiens, notamment les Forces Libanaises de Samir Geagea, font le choix de suivre le courant majoritaire sunnite. Cependant Samir Geagea est très mal à l’aise depuis la prise sanglante de la ville chrétienne de Maaloula par les jihadistes sunnites.

Pour les faucons américains, la solution pour apaiser à terme  les tensions en Syrie consiste tout simplement à procéder à son découpage en territoires communautaires, tout comme en Irak  et en Bosnie avec les accords de Dayton. Le problème est que cela implique d’importants transferts. – http://www.atlantico.fr/

Toutes les 17 secondes, un Syrien fuit son pays

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Ils sont désormais plus de 2 millions de réfugiés à avoir gagné les pays voisins de la Syrie. Leur afflux risque de déstabiliser la région. 

Un exode. Toutes les 17 secondes, un Syrien devient un réfugié. Ils fuient au Liban, en Jordanie, en Turquie, au Kurdistan irakien ou en Egypte. Mercredi 3 septembre, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies, la barre des 2 millions de réfugiés syriens a été franchie. Et 1,8 million ont fui leur pays au cours des douze derniers mois.

« La Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle – une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de populations sans précédent dans l’histoire récente », s’est indigné António Guterres, le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés. En juillet, déjà, le HCR s’alarmait : jamais depuis le génocide rwandais, en 1994, le monde n’avait compté tant de réfugiés. Vingt ans plus tard, la République démocratique du Congo, voisine du Rwanda, ne s’est toujours pas redressée des conséquences de cet exode.

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Un afflux massif de réfugiés

Aujourd’hui, l’histoire menace d’emprunter le même chemin. Parmi les réfugiés, 97% restent dans la région. Selon le décompte de l’organisme des Nations unies, les réfugiés syriens sont 716 000 au Liban pour un pays comptant 4,1 millions d’habitants. Comme si la France accueillait 11,5 millions de réfugiés en moins de trois ans. Plus que la population du Portugal.

« Au début, les réfugiés syriens ont trouvé leur place dans la société libanaise, s’intégrant dans les villes au sein des communautés vivant déjà au Liban. Mais aujourd’hui, leur poids est disproportionné », explique à francetv info Adrien Tomarchio, de l’ONG Acted. « Il y a des problèmes d’infrastructure, d’eau, d’assainissement. »

Concurrence sur les emplois et le logement

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Depuis le début du conflit, le tourisme a plongé, les loyers ont grimpé, les Syriens acceptent de petits salaires et les tensions s’accroissent alors que cet afflux remet en question le fragile équilibre multiconfessionel du pays.

Le sondage d’un institut de recherche norvégien montre qu’une majorité de Libanais éprouvent un ressentiment envers les réfugiés syriens. Sur 900 personnes interrogées, 82% estiment que les réfugiés prennent « dans une large mesure » les emplois des Libanais, et pour trois-quarts des sondés, la crise syrienne a provoqué la chute des salaires. Finalement, 54% préfèreraient que le Liban ferme ses portes aux réfugiés syriens.

« Relents xénophobes »

En Jordanie, 515 000 réfugiés ont afflué dans un pays de 6 millions d’habitants. A la frontière, une ville a poussé dans la poussière. Le camp de Zaatari devait accueillir « 30 000 ou 50 000 personnes au départ », selon Adrien Tomarchio. Il compte aujourd’hui 130 000 habitants, ce qui en fait le deuxième plus grand camp de réfugiés au monde et la cinquième ville du pays. Un autre camp d’une capacité équivalente doit ouvrir à Azraq.

Les tensions entre réfugiés syriens traumatisés et à cran peuvent être vives au sein du camp de Zaatari, comme l’explique le site Irinnews, mais aussi avec les Jordaniens. Dans ce pays parmi les plus secs au monde, l’accès à l’eau manque et les populations locales se trouvent en concurrence pour l’accès au travail et au logement. Cyril Roussel, géographe à l’Institut français du Proche-Orient à Amman, explique à Radio Vatican que ces rivalités suscitent un discours aux « relents xénophobes ». Sans compter que les autorités jordaniennes redoutent l’implantation de cellules dormantes de jihadistes, selon le New Yorker (en anglais).

Article original avec vidéo

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