A la une Végé Infos

Bien­tôt, on pourra tous manger de la viande sans tuer d’ani­maux

Pour satisfaire l’appétit de plus de 7,5 milliards de personnes, des start-ups élaborent des alternatives à la viande animale de plus en plus convaincantes.

Un grogne­­ment assour­­dis­­sant sature l’es­­pace. Sur un tapis en ferraille couvert de sang, dans une usine d’An­­dré­­zieux-Bouthéon, au nord de Saint-Étienne, un cochon se débat pour échap­­per à la main de l’homme. À quelques mètres de là, pris de panique, un mouton tente de fuir la plate-forme ou son devan­­cier vient d’être élec­­tro­­cuté puis égorgé. Au rythme des cris et des convul­­sions, une méca­­nique impla­­cable de détresse à la chaîne déchire tout.

Tout est normal : cet abat­­toir ouvert en 2015 respecte scru­­pu­­leu­­se­­ment la régle­­men­­ta­­tion. Mais les images parta­­gées le 4 juin 2019 par l’ONG Direct Action Everyw­­here (DxE) sont insou­­te­­nables.

Quelques jours plus tôt, l’as­­so­­cia­­tion L214 parta­­geait une vidéo qui montre des poulets fauchés à la mois­­son­­neuse dans des élevages de l’Aube et de l’Yonne. La bouche­­rie indus­­trielle qui remplit les rayons des super-marchés est de mieux en mieux docu­­men­­tée. Et elle coupe la faim de plus en plus de monde.

« Le mouve­­ment vers des modes de vie fléxi­­ta­­rien, végé­­ta­­rien et végan est indé­­niable », observe Cars­­ten Gerhardt, qui travaille pour le cabi­­net de conseil améri­­cain AT Kerney. « Beau­­coup de consom­­ma­­teurs réduisent leur consom­­ma­­tion [de viande] en deve­­nant plus sensibles à l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et du bien-être animal. »

Bien sûr, il reste les carni­­vores. Pour eux, « le déve­­lop­­pe­­ment de la viande produite en labo­­ra­­toire signi­­fie qu’il profi­­te­­ront toujours du même régime mais affec­­ter autant l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et les animaux. »

Dans un rapport qui vient de paraître, AT Kerney estime que 60 % de la viande qui sera avalée en 2040 sera soit élabo­­rée in vitro, ou compo­­sée de plantes.

Des entre­­prises comme Beyond Meat, Impos­­sible Foods et Just Foods inves­­tissent d’im­­menses sommes d’argent pour rempla­­cer les burgers ou les œufs tradi­­tion­­nels. Près d’1 milliard de dollars a déjà été dépensé dans cette optique. Le mouve­­ment est lancé.

De l’or en nuggets

Sur la table repose une boîte en carton rouge sur laquelle est écrit « CHICKEN » en lettres capi­­tales. Un cuisi­­nier en tablier l’ouvre et en sort quatre pièces conge­­lées enve­­lop­­pées de plas­­tique, qu’on n’as­­so­­cie­­rait pas à première vue à de la viande. Il les roule dans la chape­­lure avant de les plon­­ger à feu vif dans l’huile bouillante. Quelques minutes plus tard, c’est prêt. Le chef sort de la casse­­role des nuggets KFC dorées. On ne voit pas la viande à l’in­­té­­rieur, mais les convives choi­­sis pour la goûter ont l’air d’ap­­pré­­cier – encore heureux, c’est une vidéo de publi­­cité pour la marque. Sauf qu’il ne s’agit pas ici de poulet d’éle­­vage mais de viande créée en labo­­ra­­toire.

Crédits : Memphis Meat

Ce faux poulet frit est le bébé de Memphis Meats, start-up pion­­nière du domaine de la viande in vitro, qui a annoncé le 24 août dernier avoir levé 17 millions de dollars lors de son dernier tour de table, quelques mois après avoir mis au point les premières boulettes de bœuf arti­­fi­­cielles, puis du poulet et du canard.

Parmi ses nouveaux inves­­tis­­seurs, de nombreuses entre­­prises mais égale­­ment quelques person­­na­­li­­tés richis­­simes comme Bill Gates ou Sir Richard Bran­­son.

Le fonda­­teur de Virgin, réputé pour ses idées auda­­cieuses et pion­­nier du tourisme spatial, ne s’est pas soudai­­ne­­ment décou­­vert un inté­­rêt pour la viande arti­­fi­­cielle. Il avait déjà invité en mars dernier les fermiers néo-zélan­­dais à rempla­­cer leurs vaches par des plan­­ta­­tions de canna­­bis.

Il n’est donc pas illo­­gique que son nouveau cheval de bataille soit la viande de synthèse, qu’il consi­­dère tout simple­­ment comme le futur : « Un jour, nous regar­­de­­rons en arrière et nous réali­­se­­rons combien nos grands-parents étaient archaïques de tuer des animaux pour se nour­­rir. » Ce qui semble aujourd’­­hui être une évidence pour Bran­­son a pendant long­­temps été une idée folle aux yeux du reste du monde. À dire vrai, la fiction n’est deve­­nue réalité qu’il y a cinq ans.

In vitro

Nous sommes le 5 août 2013, et la fébri­­lité est palpable dans ce bar londo­­nien où va se dérou­­ler la première dégus­­ta­­tion de steak in vitro. Cela fait quelques années qu’on entend parler de bœuf sans bœuf, de canard sans canard ou de poulet sans poulet, sans que l’on prenne très au sérieux ce qui ressemble bien à une utopie alimen­­taire, d’ailleurs peu attrayante aux yeux des consom­­ma­­teurs. Pour­­tant, ce jour-là, le profes­­seur en phar­­ma­­co­­lo­­gie hollan­­dais Mark Post – Marcus Johannes Post de nais­­sance – prétend faire goûter à deux pontes des nouvelles gastro­­no­­mies son tout premier steak arti­­fi­­ciel. Il assure que les carni­­vores les plus radi­­caux n’y verront que du feu : pour lui, c’est un vrai steak, dont l’unique spéci­­fi­­cité est d’avoir été conçu hors d’une vache.

La présen­­ta­­tion a des allures de show à l’amé­­ri­­caine. Ce curieux mélange de fibres muscu­­laires, rehaussé de cara­­mel et safran et coloré au jus de bette­­rave, va être cuit par Richard McGo­­wan, illustre cuisi­­nier londo­­nien. Pour compen­­ser l’ab­­sence totale de graisse, ce dernier est obligé d’ar­­ro­­ser abon­­dam­­ment sa poêle d’huile de tour­­ne­­sol et de beurre, malgré lesquels il sort un morceau de bidoche un peu trop grillé, assez proche de la viande hachée servie à la cantine.

Mark Post
Crédits : Memphis Meat

Face à cet inti­­mi­­dant steak à 250 000 dollars pièce, le premier cobaye atti­­tré, une Autri­­chienne experte en tendances culi­­naires, profite que Mark Post détourne le regard pour avaler discrè­­te­­ment sa première bouchée, et éviter de lui infli­­ger en pleine face son fron­­ce­­ment de sour­­cil circons­­pect.

Après une longue inspi­­ra­­tion, l’Au­­tri­­chienne prend des pincettes pour annon­­cer un verdict nuancé : « Je m’at­­ten­­dais à ce que la texture du steak soit plus douce, mais ça ressemble à de la viande, même si ce n’est pas aussi juteux. »

Et son collègue améri­­cain, auteur du livre Les goûts de demain, de prendre le contre-pied : « La consis­­tance est parfaite même s’il manque un peu de sel et de poivre. »

Qu’à cela ne tienne, le papa du nouveau steak ne se désarme pas. Post profite que ses invi­­tés aient laissé la moitié de leur viande pour leur en piquer un morceau, et se féli­­cite de ce succès mitigé qu’il estime néan­­moins promet­­teur, recon­­nais­­sant qu’il faudra intro­­duire dans son steak des molé­­cules grais­­seuses.

Mark Post détient depuis 2004 une chaire de physio­­lo­­gie à l’uni­­ver­­sité de Maas­­tricht, et ses travaux sur la viande l’ont mené à rejoindre en 2016 l’an­­tenne néer­­lan­­daise de la singu­­lière Singu­­la­­rity Univer­­sity – think tank, univer­­sité privée et incu­­ba­­teur d’en­­tre­­prise cali­­for­­nien qui prétend « éduquer, inspi­­rer et respon­­sa­­bi­­li­­ser les leaders afin qu’ils appliquent des tech­­no­­lo­­gies expo­­nen­­tielles pour répondre aux grands défis de l’hu­­ma­­nité ».

Lors de la dégus­­ta­­tion de 2013, cela faisait déjà cinq ans que ce phar­­ma­­co­­logue hollan­­dais concoc­­tait sa recette : des cellules souches sont préle­­vées sur des vaches, placées en culture dans des tubes, eux-mêmes plon­­gés dans un sérum nutri­­tif enri­­chi en hormones de crois­­sance, anti­­bio­­tiques et anti­­fon­­giques, pour éviter tout risque de conta­­mi­­na­­tion. Au bout de trois semaines, les cellules se contractent et forment quelques 20 000 fibres muscu­­laires, qui sont assem­­blées avec de la chape­­lure par des mains expertes gantées de violet.

La formule ne convainc pour­­tant pas Jean-François Hocquette, direc­­teur de recherche à l’INRA et pour­­fen­­deur de la viande arti­­fi­­cielle. Inter­­rogé à l’époque dans un bistro pari­­sien devant un burger de vrai bœuf – il a le sens de la provo­­ca­­tion –, le scien­­ti­­fique faisait remarquer que le tissu muscu­­laire de la viande tradi­­tion­­nelle n’est pas fait « que de fibres », mais d’un assem­­blage dont la richesse résulte aussi de la présence « des nerfs, des vais­­seaux sanguins, des cellules de matière grasse » qu’on ne retrouve pas dans la viande de synthèse.

Un constat qui n’ébranle visi­­ble­­ment pas le profes­­seur Post, lequel a depuis monté MosaMeat, la start-up qu’il consacre au perfec­­tion­­ne­­ment de son produit et à la réali­­sa­­tion d’éco­­no­­mies d’échelle : le premier steak avait coûté un prix un poil exces­­sif à son finan­­ceur Sergey Brin – co-fonda­­teur de Google –, mais grâce à une plus forte concen­­tra­­tion de cellules par litre de sérum, le phar­­ma­­co­­logue affirme qu’il serait désor­­mais en mesure de le vendre pour une dizaine de dollars.

Crédits : MosaMeat

À la suite de ce premier épisode, les défis que pose l’in­­dus­­trie de la viande tradi­­tion­­nelle se sont impo­­sés média­­tique­­ment à un public plus large, et la consom­­ma­­tion de viande in vitro fait douce­­ment son chemin dans les esprits. Une enquête du labo­­ra­­toire du Pr Post soutient que 70 % des personnes inter­­­ro­­gées sont aujourd’­­hui favo­­rables au déve­­lop­­pe­­ment de recherches en la matière. Ce qui n’était encore qu’un rêve de labo­­ra­­toire il y a quelques années pour­­rait bien boule­­ver­­ser l’in­­dus­­trie carnas­­sière.

L’im­­pos­­sible

Il est probable que les végé­­ta­­riens et végans refusent néan­­moins de consom­­mer une viande issue de cellules animales. C’est sans comp­­ter l’ex­­ploit réalisé depuis 2013 par certaines start-ups qui conçoivent leurs produits à base de fibres végé­­tales unique­­ment. Dans la baie de San Fran­­cisco, les labo­­ran­­tins d’Im­­pos­­sible Foods jouent aux archi­­tectes culi­­naires pour recréer un goût, une odeur, une texture et une juto­­sité simi­­laires à la viande animale, en provoquant les inter­­ac­­tions de protéines appro­­priées.

Cette idée, c’est celle de Pat Brown, un biochi­­miste au sourire jovial qui travaillait aupa­­ra­­vant comme cher­­cheur sur le cancer à Stan­­ford. Durant une année sabba­­tique, ses réflexions l’ont mené à cher­­cher des moyens de lutter contre le réchauf­­fe­­ment clima­­tique. Le scien­­ti­­fique s’est bien­­tôt aperçu que l’une des indus­­tries les plus polluantes était celle de la viande. Et si Impos­­sible Foods peut plaire à un public déjà bien conscient de la noci­­vité de l’in­­dus­­trie, la start-up de Pat Brown vise avant tout les mangeurs de viande. « On ne s’adresse pas en premier lieu à un public végé­­ta­­rien », explique Olivia de Talancé, chef de projet chez Impos­­sible Foods qui a lancé leur première usine à Oakland, en Cali­­for­­nie. « Il se trouve que les trois quarts de nos consom­­ma­­teurs sont omni­­vores, notre objec­­tif est donc atteint ».

L’in­­gré­­dient magique de l’Im­­pos­­sible Meat ? L’hème : la start-up est convain­­cue d’avoir percé grâce à lui le mystère du goût savou­­reux carac­­té­­ris­­tique de la viande. Ce compo­­sant, présent dans l’hé­­mo­­glo­­bine (sang) et dans la myoglo­­bine (muscles), existe égale­­ment dans l’im­­pro­­nonçable « léghé­­mo­­glo­­bine » des racines de soja ; Impos­­sible Foods s’est donc mis au défi de l’en extraire. Mais c’est une quan­­tité de soja colos­­sale qui est pour cela néces­­saire, puisqu’un demi-hectare de la plante ne four­­nit qu’un petit kilo de léghé­­mo­­glo­­bine.

Les tech­­ni­­ciens de la start-up ont trouvé une parade : en récu­­pé­­rant les gènes codant la léghé­­mo­­glo­­bine, ils les ont intro­­duits dans une levure (la Pichia pasto­­ris) qu’ils ont nour­­rie de sucre et de miné­­raux, l’ai­­dant à gros­­sir pour créer une réplique manu­­fac­­tu­­rée de l’hème. C’est donc un orga­­nisme géné­­tique­­ment modi­­fié, mais qui n’uti­­lise qu’un ving­­tième de la surface néces­­saire à l’éle­­vage animal pour la même quan­­tité de viande produite – et ne touche pas à un seul poil, à une seule cellule, d’un seul inno­cent animal.

Crédits : Impos­­sible Foods

Une fois l’hème extrait et répliqué dans du faux sang qui donne sa couleur au burger, Impos­­sible Foods ajoute une quan­­tité d’autres compo­­sants incon­­grus, tels que de la protéine de pomme de terre ou de blé. C’est une machine capable d’iso­­ler et d’iden­­ti­­fier les éléments à l’ori­­gine des diffé­­rents arômes de la viande qui les y a aidés. Ils ajoutent enfin des liants et le tour est joué. Reste alors à cuire le steak, en ajou­­tant au fond de la poêle un peu de matière grasse – l’huile de coco conte­­nue dans la pâte n’est visi­­ble­­ment pas suffi­­sante, mais on s’in­­cline devant l’as­­pect irré­­pro­­chable du steak, bien que faci­­le­­ment friable une fois inté­­gré au burger.

Celeste Holz-Schie­­tin­­ger, direc­­trice scien­­ti­­fique de l’en­­tre­­prise et chimiste spécia­­li­­sée dans les saveurs, a néan­­moins confié à Wired qu’il manquait encore à l’Im­­pos­­sible Burger la « légère amer­­tume du bœuf », sur laquelle les tech­­ni­­ciens de la start-up travaillent encore. « Notre objec­­tif est qu’il n’y ait aucun compro­­mis sur le goût », renché­­rit Olivia de Talancé. Les premières réac­­tions sont encou­­ra­­geantes : BuzzFeed a recueilli les impres­­sions de clients après leur avoir fait goûter le burger. Verdict ? « Ça sent le vrai bœuf », « ça ressemble à un vrai burger », « si je suis sur une île déserte, que je demande un chee­­se­­bur­­ger et qu’on m’ap­­porte ça, ça m’irait parfai­­te­­ment ». Seule­­ment sur île déserte ?

Mark Post non plus ne s’est pas réveillé un matin avec l’en­­vie de créer du bœuf-éprou­­vette. Au commen­­ce­­ment du projet, il y avait un constat réel et menaçant : nous serons neuf milliards d’Homo sapiens à peupler la planète Terre en 2050 – en admet­­tant que nous ne parve­­nions d’ici là à en démé­­na­­ger une partie sur Mars. Nous mange­­rons alors 73 % plus de viande qu’aujourd’­­hui, selon la FAO (Orga­­ni­­sa­­tion des Nations Unies pour l’ali­­men­­ta­­tion et l’agri­­cul­­ture) si le rythme de notre consom­­ma­­tion ne faiblit pas.

Une pers­­pec­­tive insou­­te­­nable sur le plan envi­­ron­­ne­­men­­tal, estime l’ins­­ti­­tu­­tion. L’agri­­cul­­ture dédiée à l’éle­­vage repré­­sente presque un tiers des terres émer­­gées et provoque la destruc­­tion annuelle de 13 milliards d’hec­­tares de forêts. Une seule vache boit, tout au long de sa vie, près de 42 000 litres d’eau, et ses insou­­ciants pets au méthane seraient coupables de 10 % des émis­­sions plané­­taires de gaz à effets de serre. Autant dire que l’éle­­vage animal exerce une pres­­sion consi­­dé­­rable sur les ressources natu­­relles.

« Une façon de produire de la véri­­table viande sans avoir besoin de nour­­rir, élever et massa­­crer des animaux. »

Répondre aux défis du climat, de la sécu­­rité alimen­­taire, de la ques­­tion fonda­­men­­tale de la souf­­france animale et du simple fait de consom­­mer des animaux : tels sont les objec­­tifs affi­­chés par les promo­­teurs de la viande arti­­fi­­cielle qui, autre­­fois décon­­si­­dé­­rés, disposent désor­­mais d’ar­­gu­­ments tangibles et audibles par un public de plus en plus large. Les posi­­tion­­ne­­ments idéo­­lo­­giques varient néan­­moins d’une société à l’autre : pour Mark Post, par exemple, la souf­­france animale est un béné­­fice colla­­té­­ral de la viande de synthèse, qui a avant tout voca­­tion à résoudre les problèmes envi­­ron­­ne­­men­­taux.

Ce n’est pas l’avis d’Uma Valeti, PDG de Memphis Meat : « Nous déve­­lop­­pons une manière de produire de la véri­­table viande à partir de cellules animales, sans avoir besoin de nour­­rir, élever et massa­­crer des animaux », explique-t-il sur le site de sa start-up.

L’heure de la viande arti­­fi­­cielle n’est cepen­­dant pas encore venue : elle devra d’abord braver les moues scep­­tiques et les fron­­ce­­ments de sour­­cils circons­­pects qu’elle suscite encore, en prou­­vant qu’elle est à la hauteur des défis qu’elle prétend rele­­ver. Car inten­­tions et méthodes varient d’une entre­­prise à l’autre. Si ses promo­­teurs défendent souvent ses vertus pour la santé, toutes les entre­­prises de viande de synthèse ne respectent pas l’idéal d’un produit sans anti­­bio­­tiques, hormones de crois­­sance et autres bacté­­ries nocives.

Les cellules d’ori­­gine animale à l’ori­­gine d’une grande partie de la viande arti­­fi­­cielle sont culti­­vées dans un sérum nutri­­tif enri­­chi en facteurs de crois­­sance, en nutri­­ments éner­­gé­­tiques, en acides aminés, en hormones ainsi qu’en anti­­bio­­tiques et en anti­­fon­­giques, afin d’évi­­ter toute conta­­mi­­na­­tion. L’uti­­li­­sa­­tion de ces addi­­tifs dans le sérum a déjà large­­ment été critiqué. Si Memphis Meat comme MosaMeat recon­­naissent la néces­­sité d’y cher­­cher une alter­­na­­tive, il reste à l’éla­­bo­­rer.

Après la viande

Pour les start-ups de la viande in vitro, un des plus grands défis est la réali­­sa­­tion d’éco­­no­­mies d’échelle. La viande de synthèse se décline de multiples manières – avec ou sans cellules animales, bœuf ou poulet –, mais toutes rencontrent encore des défis écono­­miques de taille : comme l’ex­­plique Olivia de Talancé, d’Im­­pos­­sible Foods, la phase de déve­­lop­­pe­­ment est très coûteuse. « Cela fait cinq ans que nous travaillons à la commer­­cia­­li­­sa­­tion d’un produit qu’on ne commence à commer­­cia­­li­­ser que main­­te­­nant. »

Sans comp­­ter que la viande arti­­fi­­cielle néces­­site « de la recherche très avan­­cée, pour laquelle nous devons faire appel à des scien­­ti­­fiques haute­­ment quali­­fiés ». Heureu­­se­­ment pour ces start-ups, les finan­­ce­­ments privés ne se font pas prier : de nombreux inves­­tis­­seurs voient déjà la viande synthé­­tique comme une niche dans laquelle s’en­­gouf­­frer, et suivent de près le foison­­ne­­ment d’en­­tre­­prises qui partent à la conquête d’un marché émergent.

En septembre 2017, Pékin a signé un accord commer­­cial d’un montant de 300 millions de dollars avec Tel Aviv, afin d’ac­­cé­­der à l’ex­­per­­tise en matière de viande arti­­fi­­cielle de start-ups israé­­liennes telles que SuperMeat, Meat Tech­­no­­lo­­gies et Meat the Future.

Aujourd’­­hui à mi-chemin entre le stade expé­­ri­­men­­tal et la commer­­cia­­li­­sa­­tion, les promo­­teurs de la viande arti­­fi­­cielle voient avec enthou­­siasme cette ruée vers le faux steak, dont la recherche a long­­temps été frei­­née par l’ab­­sence de subven­­tions publiques.

Forts des pers­­pec­­tives offertes par ces finan­­ce­­ments, les entre­­prises ne déses­­pèrent pas d’ob­­te­­nir d’ici quelques années un prix de marché compé­­ti­­tif, compa­­rable ou infé­­rieur à celui de la viande tradi­­tion­­nelle. « Comparé à l’in­­dus­­trie de la viande tradi­­tion­­nelle, nous consom­­mons beau­­coup moins d’eau et d’éner­­gie. On peut faire des écono­­mies signi­­fi­­ca­­tives », souligne Olivia de Talancé.

Un chal­­lenge encore consé­quent pour une entre­­prise comme Memphis Meat, qui doit pour l’ins­­tant débour­­ser 9 000 dollars pour 500 g de poulet et le double pour 500 g de boulettes de bœuf – jusqu’ici, la plupart des entre­­prises se sont concen­­trées sur le bœuf, qui est le plus néfaste pour l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, mais les possi­­bi­­li­­tés sont les mêmes pour d’autres viandes, qu’elles soient rouges ou blanches. Impos­­sible Foods se lance même dans les produits laitiers sans lait animal. La start-up MosaMeat, qui vient de termi­­ner son tour de finan­­ce­­ment et compte partir à l’as­­saut du marché euro­­péen, est convain­­cue que sa fausse-vraie viande sera dispo­­nible en rayon d’ici trois ou quatre ans, mais à des prix encore exor­­bi­­tants, avant d’être acces­­sible à un prix de marché vers 2024.

Mark Post est néan­­moins complè­­te­­ment convaincu que « d’ici 2050, la produc­­tion massive de viande culti­­vée pour­­rait très bien avoir trans­­formé l’in­­dus­­trie du bétail tradi­­tion­­nelle ». Un espoir qu’on partage chez Impos­­sible Foods. « On compte sur une crois­­sance expo­­nen­­tielle car on sait que le chan­­ge­­ment clima­­tique n’est par réver­­sible, et que le temps est un enjeu », explique Olivia de Talancé.

Parmi le vaste panel de propo­­si­­tions en la matière, la viande arti­­fi­­cielle conçue à base de plantes (celles de Beyond Meat et Impos­­sible Foods par exemple) est peut-être encore la plus « propre » et la plus à même de répondre aux objec­­tifs affi­­chés par la viande de synthèse : elle ne comporte pas de cellules animales nour­­ries aux hormones, et écono­­mise un espace agri­­cole consé­quent par le recours à des modi­­fi­­ca­­tions géné­­tiques – critiquées par ailleurs. Si l’Im­­pos­­sible Burger n’est aujourd’­­hui dispo­­nible que dans une petite sélec­­tion de restau­­rants aux États-Unis – pour un coût variant entre 9 et 19 dollars, la start-up est cepen­­dant déjà entrée dans la phase commer­­ciale, et espère atteindre rapi­­de­­ment une produc­­tion mensuelle de 450 tonnes (contre 140 actuel­­le­­ment).

Crédits : Impos­­sible Foods

Si l’ave­­nir donne raison aux entre­­pre­­neurs de la viande arti­­fi­­cielle comme il l’a fait avec les construc­­teurs de voitures élec­­triques, il n’est pas impos­­sible qu’on n’ait plus à abattre d’ani­­maux à la chaîne pour combler l’ap­­pé­­tit des popu­­la­­tions. Mais à quel prix pour notre orga­­nisme ? En tout cas, ce n’est plus de la science-fiction.

https://www.ulyces.co/

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer la source et le site: http://www.elishean-aufeminin.com

Copyright les Hathor © Elishean/2009-2019/ Elishean au Féminin

Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Rechercher sur le réseau

Votre aide est importante

Vous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

L’allopathie est de plus en plus souvent inefficace préservant ses intérêts au détriment de la santé des patients.

Dès l’âge adulte, le corps sécrète de moins en moins de substances vitales (vitamines, enzymes, hormones) et a besoin d’un apport extérieur afin de se maintenir en bonne forme.

C’est ce que nous proposons sur notre site equilibre-et-vitalite.net , uniquement des produits exceptionnels d’efficacité.

Pages et Articles Phares