LECTURE inspiration

BARDO THÖDOL – Le livre des morts Tibétain

La mort et l’expérience posthume

bardo thodolEn cette fin de XXe siècle où l’Occident renouvelle son interrogation sur la mort, et souvent se détourne de sa tradition religieuse pour demander à l’Orient des réponses précises sur le devenir posthume de l’être humain, le Bardo Thödol, appelé aussi le Livre des Morts tibétain, connaît une étrange fortune.

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Il est vrai que, de nos jours, nombre de moines et de Lamas, exilés d’un pays martyr, s’emploient à répandre chez nous leurs doctrines ancestrales, avec l’aide efficace d’actifs prosélytes. Des textes obscurs du bouddhisme tantrique sont mis à notre portée, des conseils de discipline pratique sont donnés, voire des initiations. Voici que se dévoile le Tibet secret, suscitant dans le public un intérêt croissant.

Il faut dire que des intellectuels, comme C.-G. Jung, n’avaient pas attendu ces circonstances pour analyser le Bardo Thödol, publié en anglais pour la première fois en 1927, par les soins de W.Y. Evans-Wentz, d’après la traduction du Lama Kazi Dawa Samdup.

Les avis élogieux du grand psychologue suisse, qui avait cru découvrir l’expression d’archétypes de l’inconscient dans les visions posthumes décrites au long du texte, ont conféré d’emblée à ce livre des lettres de noblesse – une sorte d’imprimatur pour le lecteur occidental. Et les traductions modernes, qui se succèdent maintenant, ne manquent jamais de citer cette grande autorité. Avec le temps, l’intérêt laisse place à un enthousiasme, parfois immodéré.

Le public est averti que « le Bardo Thödol est passé au centre de la pensée moderne et de la recherche scientifique » (1).

En invitant à voir dans ce livre « comme le fondement d’une connaissance psychologique qui appartient […] à l’humanité dans sa totalité », l’auteur de ces commentaires n’hésite pas à conclure : « […] nous considérons les enseignements du Bardo Tödol comme une œuvre précieuse de la littérature universelle, tels la Bible, le Coran, les Upanishads, le Yi-king, le Tao-te-king [etc.] » (2).

Face à cette publicité, qui impressionne même des intellectuels, sans susciter de réelle analyse critique, l’ »honnête homme » n’a guère de moyen de juger. Il serait prêt à croire que ce lamaïsme qui vient à nous, toutes sectes un peu confondues, et regroupées autour d’un attachant Dalaï Lama au rayonnement international, avait effectivement des secrets en réserve pour nous.
Un avertissement, toujours d’actualité

Au siècle dernier, la révélation de l’Orient faisait naître des passions.

bardoCependant, installée quelque temps en Inde, disciple de maîtres indiens et entraînée à sa mission au Tibet (où résidaient ces maîtres le plus souvent), Mme Blavatsky n’a pas cessé de mettre en garde contre l’attrait du merveilleux : tout ce qui venait de ces lointains pays n’était pas parole d’Évangile. Dans l’ensemble de ses écrits (3), elle n’a pas cité une seule fois le Bardo Thödol. Si elle connaissait son existence, on peut être sûr qu’elle ne l’aurait pas pris comme une source ésotérique pour développer ses enseignements sur l’après-vie : les lignes qui vont suivre le démontreront aisément.

En ces années 1880, où la Théosophie s’opposait au spiritisme pour tenter d’expliquer rationnellement les fameuses « communications avec les morts », il s’est trouvé que les propres maîtres de Mme Blavatsky se mirent à échanger, avec des Anglais établis en Inde, une très riche correspondance sur ce sujet.

Le Bardo Thödol n’y apparaît pas. Par contre, de la masse des informations fournies, il est loisible de tirer un modèle très cohérent d’explication de l’expérience de la conscience après la mort, qui, s’il diverge nettement du schéma offert par le Livre des Morts tibétain, a déjà l’avantage de rendre compte de l’expérience cruciale rapportée par les patients ranimés in extremis, en notre fin de siècle.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, le Bardo Thödol ne fournit pas la seule explication psychologique de notre aventure posthume, face à la majorité de mythes eschatologiques qui décrivent des voyages symboliques, où le mort est censé se mouvoir, et faire des rencontres objectives avec des tiers chargés de le guider, de le punir, etc…

Il convenait donc de confronter ici deux modèles parallèles d’origine orientale – transhimalayenne même, dans chaque cas – et de tester leur validité et leur pouvoir d’explication.

Il est vrai que les maîtres de Mme Blavatsky ne se sont réclamés d’aucune École reconnue au Tibet, bien que leur sympathie semble être allée aux Gelugpa, particulièrement au Panchen Lama siégeant au Tashi Lhumpo, près de Shigatsé. Leur référence constante – comme celle de Mme Blavatsky – a toujours été à la Sagesse des Âges, transmise par la voie d’initiations secrètes.

Face à cette autorité – problématique pour un Occidental, et même un Oriental attaché à une secte – le Bardo Tlödol a le mérite d’être un texte reconnu au Tibet, auréolé d’une légende qui renvoie au grand Padmasambhava, le yogi magicien qui, au VIIIe siècle, permit d’affermir le bouddhisme menacé par la religion bön autochtone, et par ses prêtres, sortes de chamans doués de pouvoirs sur les esprits de la nature.

Ce personnage, ultérieurement adoré par les masses comme un second Bouddha, aurait dissimulé, en des lieux divers, des textes importants pour les générations futures – des « trésors cachés » (en tibétain : terma), que des « inventeurs » (tertön) heureusement inspirés allaient ramener au jour, bien des années plus tard (4).

bardo 2Dans le cas présent, c’est un certain Karmalingpa qui, au XIVe siècle, aurait mis la main sur la première esquisse tracée par Padmasambhava; à partir de ces rudiments (dont on ignore tout) devait se développer la forme (plus ou moins) définitive du Bardo Thödol, en passant de l’inventeur à ses disciples, puis à d’autres, au gré des influences et des ajouts éventuels, émanant de Lamas liés à des Écoles d’ailleurs différentes.

Au total, tel qu’il nous parvient aujourd’hui, à travers des avatars difficiles à démêler, le livre est reconnu comme un texte de la vieille tradition Nyingmapa, non réformée, et idéalement rattachée au semi-mythique Padmasambhava. Il en existerait des versions adaptées aux autres courants du lamaisme (5).

Finalement, le Bardo Thödol (qui n’appartient pas au canon du bouddhisme tibétain – l’ensemble Kanjur-Tanjur), ne peut guère apparaître à l’examen comme reflétant un pur enseignement du Bouddha.

Son origine légendaire – qui ne peut en imposer qu’au fidèle tibétain – ne saurait lui conférer d’emblée un brevet d’authenticité : ici, comme ailleurs, la vérité d’une doctrine ne dépend pas de son antiquité, plus ou moins fabuleuse, mais de sa valeur intrinsèque, ce qui autorise à procéder à une sereine analyse critique du Bardo Thödol – comme du modèle théosophique de l’après-vie – avec le respect qui est dû à des doctrines considérées comme vitales par ceux qui les professent.
Définition du cadre de réflexion

Une discussion approfondie de notre sujet exigerait de longues digressions sur la philosophie du bouddhisme, comme de la Théosophie.

De plus, le Bardo Thödol relève du mahâyâna, spécifiquement de ce tantrayâna, si caractéristique du lamaïsme, qui vise la voie abrupte de la libération des renaissances, en ajoutant à la discipline individuelle classique l’emploi de moyens efficaces particuliers, où interviennent maints rituels élaborés (à base de contemplation, visualisation, postures, gestes, récitation de formules sacrées et de prières, etc…) : on ne saurait entrer dans ces détails, mais il suffit ici de demander simplement au livre ce qu’il a à dire sur le scénario des événements psychologiques qu’il prétend retracer depuis l’agonie de l’homme jusqu’à son éventuelle renaissance dans l’un des six domaines de la transmigration, ou samsâra ; également, de jauger la valeur des déclarations répétées au long de l’ouvrage (des semaines après la mort physique du défunt) promettant de tirer ce dernier d’affaire si seulement il comprend le sens des instructions que lui communique, jour après jour, le lecteur du Bardo Thödol, attentif à faire son bien.

Dans ce cadre de réflexion, la comparaison des points de vue avec la Théosophie peut être menée valablement, en gardant en mémoire que le Livre des Morts tibétain s’adresse essentiellement à des Tibétains (souvent de simples gens nourris d’une culture populaire envisageant partout l’action de Bouddhas protecteurs et de divinités malveillantes, ou parfois des fidèles initiés aux doctrines cachées des Lamas qui leur servent de guides et, bien plus rarement, à des yogis accomplis), tandis que la Théosophie entend s’adresser aux millions d’hommes de la planète susceptibles de l’entendre, à l’époque de transition que nous vivons.

Un Ouvrage à lire avec grand intérêt.

Le lien vers le PDF : http://mutien.com/telechargements/Bardo_Thodol.pdf

Note :

(1) Lama Anagarika Govinda, préface de la traduction publiée par Eva K. Dargyay et Geshe Lobsang Dargyay.
(2) Ibid.
(3) Voir bibliographie.
(4) Cette mode des tema s’est répandue dans d’autres lignées du lamaïsme, jusque dans la religion bön, qui s’est ainsi découvert pas mal d’enseignements « secrets » (fort proches de ceux du bouddhisme).
(5) Des milieux Gelugpa (de l’École réformée par Tsong-kha-pa) ont bien pu aussi récupérer le texte à leur usage, dans le cours du temps.
http://mutien.com

 
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